Comment faire la lumière sur la gestion de la crise de la COVID-19 ? Selon ce que rapportait La Presse la semaine dernière, le gouvernement Legault pencherait pour une commission technique et scientifique. Ce serait un excellent choix, qui éviterait plusieurs écueils.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Les mauvaises options sont plus faciles à identifier que les bonnes.

On ne veut pas une formule lourde, comme une commission d’enquête publique avec un mandat élargi. Ce serait trop long.

On ne veut pas une inquisition qui chercherait des coupables. Le public serait sûrement heureux de voir des scalps au petit écran, mais pour éviter les erreurs passées, il faut s’intéresser d’abord aux failles du système.

Et on ne veut pas non plus une grande réflexion nationale sur les soins et services aux personnes âgées. Depuis 20 ans, on ne compte plus les commissions, études, groupes d’experts, plans d’action et enquêtes qui ont documenté les problèmes et proposé des solutions. Si on part d’une page blanche, cela signifierait qu’on aurait effacé tout ce travail.

Par contre, on veut savoir comment se préparer à la seconde vague. Or, cette réflexion est déjà en cours. Deux sous-ministres appelés en renfort ce printemps travaillent à ce plan. Si on demande à une commission ou un groupe d’experts de faire des recommandations sur la deuxième vague, elles arriveront trop tard.

Alors, que reste-t-il comme options ? Il n’y en a pas tant.

On en sait beaucoup sur ce qui a aggravé la crise de la COVID-19 au Québec : pénurie de personnel et d’équipement, employés qui se promenaient d’un établissement à l’autre, et parfois de la zone chaude à la zone froide, manque de tests et de suivi pour identifier et isoler les cas, et enfin communication déficiente.

On en sait beaucoup, donc, mais on ne sait pas tout. De nombreux médecins et autres experts du système de santé ont encore des questions.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Par exemple, pourquoi le bureau du premier ministre sous-estimait la crise dans les CHSLD avant le début avril ? Pourquoi a-t-il fallu attendre que le scandale éclate au CHSLD Herron ? Pourquoi les CHSLD n’ont pas été mieux préparés, alors que d’autres endroits frappés avant nous montraient cette vulnérabilité ? Pourquoi les messages se perdaient-ils dans le casse-tête de l’organigramme du ministère de la Santé ? Le bris de communication se situe-t-il dans les CISSS et les CIUSSS ? Au niveau des PDG ? Au ministère de la Santé ? Le message ne descendait pas aux établissements, ou ne remontait pas au ministère ? Quel a été l’effet du récent départ à la retraite de centaines de cadres ?

Aussi, comment la Direction de la santé publique de Montréal pouvait-elle bien faire son travail alors qu’elle n’a pas d’autorité sur les CIUSSS ni sur leurs employés, y compris ceux qui travaillent en santé publique ? En quoi l’ajout d’une structure, la nouvelle « Table intersectorielle de rétablissement du réseau de la santé et des services sociaux montréalais », améliorerait les communications ? Fait-il construire le réseau comme un millefeuille, en ajoutant toujours plus de couches et d’acronymes ?

Pour faire la lumière, le premier ministre Legault pourrait demander un rapport à un groupe d’expert. Ce serait rapide et efficace. Sauf que ce groupe relèverait directement d’un ministre, ce qui nuirait à son indépendance.

L’autre option, c’est de créer une commission scientifique d’experts. Elle serait indépendante du gouvernement, avec des pouvoirs d’enquête. Cela lui donnerait toute la latitude pour comprendre les ratés dans la gestion de crise. Si le mandat est bien balisé, elle pourrait aller droit au but en quelques mois.

Bien sûr, aucun gouvernement n’aime se mettre à risque en se soumettant à un tel examen. Et la création même de cette commission serait un défi – par exemple, qui nommer à sa tête ?

Voilà pourquoi il est encourageant d’entendre, comme le rapportent nos collègues, que cette option est envisagée par le gouvernement caquiste. Après avoir demandé tant de sacrifices aux Québécois, il leur doit des réponses.