Pauvres Américains. Ils ont élu un président qui est absolument incapable de proposer des solutions à la crise dans laquelle ils se retrouvent plongés depuis la mort de George Floyd.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Mais cette fois, ce n’est pas simplement une question de compétence. C’est pire.

Le ver est dans la pomme.

Sur les questions raciales, le président américain a toujours été du mauvais côté de l’histoire.

Il l’était avant d’être élu. Il l’a été lorsqu’il a tenté d’être élu. Il n’a pas cessé de l’être après avoir été élu.

En tant que président, il a soutenu être « la personne la moins raciste du monde ». Soyons clair : on est ici dans le domaine des « faits alternatifs ».

Au cours des dernières années, Donald Trump a multiplié les déclarations à caractère raciste. Si bien que les racistes qui l’écoutent sont assurément convaincus qu’il partage leur avis.

En somme, le président, sur qui les Américains devraient pouvoir compter pour gérer la crise, fait partie du problème. Les positions défendues par Donald Trump et les revendications des Afro-Américains sont irréconciliables.

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Permettez-nous ici quelques rappels historiques importants.

Dans les années 70, le département de la Justice des États-Unis a poursuivi Trump Management, entreprise à l’époque dirigée à la fois par le père de Donald Trump et le futur président républicain. On les accusait de discrimination envers les Noirs dans leurs complexes immobiliers. Les témoignages étaient accablants.

Au cours de la décennie suivante, Donald Trump a fait la manchette en déboursant quelque 85 000 $ US pour s’offrir une pleine page de publicité dans quatre quotidiens new-yorkais. « Ramenons la peine de mort, ramenons la police », y lisait-on. Sa sortie brutale survenait dans la foulée d’accusations portées contre cinq adolescents (quatre Afro-Américains et un Latino) à la suite du viol et de l’agression d’une joggeuse blanche dans Central Park.

Or, les aveux d’un violeur en série (ainsi qu’un test d’ADN) ont par la suite disculpé les cinq hommes. Ils ont été dédommagés pour avoir croupi plusieurs années en prison. Donald Trump, lui, n’a jamais voulu reconnaître qu’il avait eu tort.

Au cours de la dernière décennie, plus l’homme d’affaires a cherché à se rapprocher du pouvoir, plus il est devenu enclin à exploiter les tensions raciales. Son insistance à laisser entendre que Barack Obama n’était pas né sur le sol américain a été particulièrement odieuse.

Et rien n’a changé depuis qu’il occupe le bureau Ovale. Il est tout aussi dénué de boussole morale qu’il l’était avant sa victoire.

L’un des exemples les plus scandaleux : ses déclarations après les émeutes de Charlottesville en 2017. Il a soutenu qu’il y avait de très bonnes personnes parmi les militants d’extrême droite qui manifestaient ce jour-là.

PHOTO STEVE HELBER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Manifestant et sympathisant de Donald Trump à Charlottesville, en Virginie, en août 2017

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Venons-en maintenant au cœur du problème qui est à la source de l’embrasement actuel : les violences policières à l’égard des Noirs. À ce sujet, Donald Trump a choisi son camp dès 2016.

En tant que candidat à la présidence, il avait dénoncé le mouvement Black Lives Matter et fait la promotion de Blue Lives Matter, une campagne aux antipodes conçue pour défendre les policiers américains.

Et que dire de ses propos, d’une rare virulence, contre le quart-arrière des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick, qui s’agenouillait pendant l’hymne national américain pour dénoncer les violences policières contre les Afro-Américains ? Donald Trump avait qualifié l’athlète et ceux qui s’en inspiraient de « fils de pute ». Il a même insinué que ces joueurs devraient « quitter le pays ».

Sa conduite épouvantable dans cette affaire nous semble encore plus atroce aujourd’hui dans la foulée de la mort de George Floyd.

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump, vendredi, à Bangor, dans le Maine

Oh, bien sûr, Donald Trump n’est pas le seul président à avoir eu recours à de telles manœuvres dans l’histoire récente. Depuis Richard Nixon, flirter avec le racisme est une recette éprouvée chez les républicains. Cette méthode, baptisée « stratégie du Sud », lui avait permis d’être élu en 1968 avec l’appui d’une bonne partie des électeurs blancs de cette région du pays. Ils en voulaient aux démocrates pour la révolution des droits civiques qui venait d’avoir lieu.

Ronald Reagan et George Bush père ont aussi eu recours à cette stratégie politiquement rentable, mais moralement répugnante.

Donald Trump, lui, l’a carrément poussée à son paroxysme.

Or, il est maintenant coincé. Une majorité d’Américains (64 %) sont sympathiques aux manifestants. L’élection présidentielle approche.

Il tente donc à la fois de jouer au dur, de ne proposer aucune réforme substantielle, tout en montrant cependant qu’il se préoccupe de la discrimination raciale et des violences policières.

C’est ce qui explique probablement qu’il avait, vendredi, adouci le ton. Et qu’il a parlé d’un « grand, grand jour en matière d’égalité », ainsi que pour George Floyd, alors que rien n’a vraiment changé… sauf le taux de chômage, qui a baissé.

Pauvres Américains. Ils ont besoin d’un leader, mais ils ont, à la Maison-Blanche, un démolisseur.

Il leur faudrait un rassembleur, mais leur président n’a jamais rien fait d’autre que diviser pour régner.

Et en ce concerne les préjugés raciaux et les violences policières, ils ne peuvent pas compter sur lui pour éteindre les feux. C’est un pyromane.