Un plan d’aide ? Plutôt une aide en attente d’un plan détaillé. Voilà à quoi ressemble l’aide annoncée lundi par la ministre de la Culture, Nathalie Roy. Reste que 400 millions, ce n’est pas tout à fait une insulte… C’est même un très bon début.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Si on fait la tournée des intervenants du secteur, la même réaction revient : un silence. Ils sont nombreux à se demander comment les programmes fonctionneront. Leur vigilance se comprend, car on sait où le diable aime se cacher.

N’en demeure pas moins que l’argent, des gens le recevront bel et bien. Il ne reste qu’à préciser les détails.

Remettons les choses en contexte. En mars dernier, le gouvernement caquiste a haussé le budget en culture de 20 %. On le répète : 20 %. Un bond sans précédent dans l’histoire récente du Québec, qui favorisait surtout la musique, le cinéma et la télévision.

Et depuis le début de la crise, la ministre n’a pas réduit ce budget. Elle l’a augmenté.

En mars dernier, plus de 100 millions additionnels ont été injectés en prêts et en avances de fonds pour aider les organismes à payer leurs employés. Et lundi, Mme Roy a annoncé diverses mesures totalisant 400 millions, y compris près de 110 millions en argent frais.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy

Pourtant, on ne le croirait pas en écoutant les coups de gueule de certaines personnalités. Une lecture du plan — il compte sept pages, ce n’est pas très long — aurait permis une analyse un peu plus fine.

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Le grand public connaît surtout les vedettes du milieu culturel, qui ne font pas pitié. Cette minorité cache toutefois la précarité grandissante des artistes : ils travaillent désormais moins et ils le font davantage à temps partiel en cumulant différents boulots. Leur revenu moyen est aussi inférieur à celui du reste de la population.

La crise les frappe de plein fouet. Les arts vivants et la musique ont été parmi les premiers secteurs à fermer lors du confinement et ils seront parmi les derniers à rouvrir.

Ces travailleurs n’ont pas de filet social et ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi. Seule la prestation d’urgence du fédéral les sauve, mais elle prendra fin en juillet.

C’est dans ce contexte que survient l’annonce de la ministre. Le portrait varie selon les disciplines.

Pour le cinéma et la télévision, les tournages recommenceront d’ici la semaine prochaine. Le débat, surtout technique, concerne l’applicabilité des directives de la Santé publique, comme la distanciation physique entre les comédiens.

Pour la musique, seuls les enregistrements ont repris. Une enveloppe de 33 millions est prévue pour les projets « porteurs et structurants ». Dans ce secteur, la ministre a raison de promouvoir le virage numérique. La question est de savoir qui pourra obtenir ces sommes : les artistes eux-mêmes ou seulement l’industrie du disque ? Reste aussi à voir comment les petites salles de spectacle seront aidées. Ces lieux de diffusion, comme le Quai des brumes ou La Sala Rossa, sont le cœur battant de la scène locale.

Pour les arts de la scène, l’enveloppe de 50 millions servira entre autres à « créer des spectacles adaptés au contexte de la pandémie ». Ça signifie quoi ? Difficile à dire. Ce qu’on sait, c’est que ces arts se vivent par définition en personne, que la saison 2020-2021 était déjà programmée et que son sort reste incertain. Les spectacles seront-ils présentés ? Devant combien de gens ? Et comment compenser la perte de revenus en billetterie causée par la distanciation physique ?

Il est tout à fait normal que Mme Roy n’ait pas pour l’instant de réponses à ces questions qui dépendent de l’évolution imprévisible de la pandémie. Reste que la ministre aurait pu préciser un peu plus à quoi servira l’aide annoncée.

Il est là, le problème. La méfiance s’installe entre la ministre et le milieu culturel, et la responsabilité est partagée. La ministre pourrait mieux consulter puis expliquer ses annonces. Et les artistes devraient faire la différence entre une aide imparfaite et une attaque.

On a l’impression qu’à la suite des coups de gueule de certaines personnalités, Mme Roy a précipité son annonce, ce qui, en retour, mécontente le milieu culturel à cause du manque de détails. Cela ressemble à un regrettable cercle vicieux. S’il se poursuit, personne n’en sortira gagnant.

> Lisez le plan d’aide à la culture