Vous vous souvenez, avant la COVID-19, il y avait cette drôle de tradition à Montréal : les usagers des transports en commun faisaient la file dès le premier du mois pour recharger leur carte Opus tous en même temps…

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Ils devaient ainsi se coller les uns sur les autres.

Ils restaient ainsi immobilisés pendant de longues minutes.

Puis ils touchaient aux mêmes boutons que des milliers d’autres usagers avant eux…

Bon, soyons sérieux : on n’en a pas encore fini avec cette habitude d’une autre époque, mais voilà un exemple parfait de ce que la STM devra repenser.

En fait, voilà précisément ce que la STM devra faire pour regagner la confiance des usagers avant la fin de la pandémie : se moderniser.

Et pas juste pour la carte Opus, qui n’a pas changé en 12 ans.

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On a bien sûr beaucoup parlé du port du masque par les usagers ces dernières semaines. On a aussi fait mention du nettoyage du métro, qui se fera dorénavant chaque jour plutôt qu’une fois tous les 40 jours.

Mais ces mesures ne seront pas suffisantes pour ramener le monde dans le bus et le métro à l’automne, une nécessité si on veut éviter un transfert massif vers l’auto solo à moyen et à long terme.

Et c’est donc pour éviter ce transfert que la STM devra passer au XXIe siècle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

« L’Autorité régionale de transport métropolitain promet le paiement par téléphone d’ici… 2023 », souligne François Cardinal.

La carte Opus n’en est qu’un exemple, mais c’en est un significatif : il faut encore se rendre sur place pour recharger sa carte à puce (sauf pour ceux qui se procurent un gadget maison d’une vingtaine de dollars). Une curieuse obligation au moment où il faut éviter les contacts et qu’on peut payer avec son cellulaire dans le moindre petit commerce.

L’Autorité régionale de transport métropolitain dit travailler sur des solutions plus modernes. Elle promet le paiement par téléphone d’ici… 2023.

Cela dit, en plus de la carte Opus, il va falloir fournir aux usagers plus d’information en temps réel pour réduire l’incertitude des déplacements. La distanciation physique force en effet les sociétés de transport à réfléchir à une bonification de ce service, ce que fait la STM : elle envisage de préciser à l’usager qui attend son bus son taux d’occupation. Cela lui permettra de laisser passer un autobus s’il sait que le prochain, prévu trois minutes plus tard, est vide.

Ajoutons à ces améliorations le retour de la perception dans les autobus où le chauffeur est maintenant protégé. La création de comptes-clients virtuels. Le déploiement sur la ligne verte des nouvelles voitures Azur. Et la généralisation du paiement par carte de débit et de crédit par les changeurs dans le métro.

Autant de déclinaisons de la nécessaire modernisation du réseau de transports collectifs de Montréal.

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Le défi de la confiance et de la modernisation sera d’autant plus grand pour les sociétés de transport qu’il surviendra en pleine crise financière : les dépenses explosent… au moment où les revenus s’effondrent.

Or, habituellement, quand une crise économique frappe, rien de plus facile que de sacrifier les transports en commun. Comme on l’a fait au début des années 90 avec la réforme Ryan, par exemple.

L’État réduit son aide financière, puis les sociétés de transport sont obligées de hausser les tarifs tout en réduisant l’offre de services, l’entretien et les projets d’expansion. Ce qui a, nécessairement, un effet à la baisse sur l’achalandage.

Mais si on veut éviter des problèmes de congestion – et donc de pollution, de smog et de gaz à effet de serre – pires qu’avant la pandémie, on ne pourra se passer d’un réseau de transports en commun moderne, respectueux des consignes antivirus, qui attire à nouveau.

Bref, un réseau digne du XXIe siècle.