Même si le privé n’est pas le principal problème de notre réseau de CHSLD, la « nationalisation » envisagée par le gouvernement Legault ferait du bien.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Il y a deux semaines, le Québec était horrifié par l’établissement privé non conventionné Herron où les résidants tombaient comme des mouches. Le premier ministre François Legault a par la suite indiqué qu’il songeait à « nationaliser » les centres privés non conventionnés.

On met le terme entre guillemets, car il n’est pas tout à fait exact.

Les CHSLD se divisent en trois catégories : publics (313 établissements), privés conventionnés (59) et privés non conventionnés (40).

M. Legault voulait dire que les établissements de cette dernière catégorie pourraient devenir conventionnés. Donc qu’ils devraient eux aussi respecter les conventions collectives et autres normes du Ministère. Le salaire des infirmières et des préposées serait désormais le même qu’au public. Idem pour les frais aux résidants.

Ce n’est pas la même chose qu’une nationalisation, et c’est tant mieux.

À gauche, on prétend que le privé voudra toujours faire des coupes dans les soins pour maximiser ses profits. À droite, on avance au contraire que le public est sclérosé et inefficace.

C’est un peu plus compliqué…

Selon les évaluations des inspecteurs du ministère de la Santé, le privé conventionné offrirait de façon générale la meilleure qualité.

Quant au non conventionné, il recèle plus de cas « préoccupants » que le public, mais aussi plus de mentions « très adéquat ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

« Il faudra éviter que le virage vers le privé conventionné n’aggrave la pénurie de main-d’œuvre des autres maillons de la chaîne », explique notre éditorialiste.

Le public se situe donc quelque part entre les deux. Et pourtant, il est plus dispendieux pour l’État. Une place y coûte en moyenne 3500 $ de plus par mois que dans le privé conventionné. Un écart de 41 %.

Pourquoi ? Selon Philippe Voyer, professeur en sciences infirmières à l’Université Laval, il manque d’études pour y voir clair. L’expert soumet prudemment une hypothèse : les gestionnaires du communautaire et du privé sont plus proches de leurs usagers, ce qui les aiderait à évaluer l’impact de leurs décisions. Ils se questionneraient aussi moins à savoir si une dépense est « admissible » pour la bureaucratie. Selon lui, le réseau public gagnerait à accorder plus de latitude à ses gestionnaires.

Cette hypothèse est partagée par Michel Clair, ex-ministre péquiste et président de la Commission d’étude sur les services de santé menée en 2000. Il rappelle qu’à une autre époque, les CHSLD étaient gérés par leurs communautés, ce qui augmentait l’attachement et la responsabilisation.

Tout cela milite en faveur de l’intention de M. Legault de conventionner les établissements purement privés, un à la fois, lorsque leur contrat se terminera.

À cela s’ajoute un autre argument : mettre fin au système à deux vitesses.

Depuis 2009, le nombre de lits en CHSLD a été réduit de 3000.

Pour héberger les gens qui attendent une place, le Ministère loue des places non conventionnées. Pas moins de 70 % des lits de ce réseau sont utilisés par le public, rappelait en novembre dernier l’Association des établissements de longue durée privés. Elle déplorait que ses centres étaient moins financés que le public et que la somme fluctuait entre les établissements privés eux-mêmes.

Un autre avantage de conventionner les centres privés serait de s’assurer que les conditions des infirmières et préposées (salaires et ratios) s’y appliquent aussi.

Reste à savoir si cette conversion devrait être offerte ou imposée au réseau non conventionné.

Certains établissements de niche, plus coûteux, peuvent légitimement proposer un service de niche à leurs usagers. Et il reste aussi à voir comment cela s’appliquerait aux résidences privées pour aînés, qui offrent parfois des soins équivalents à ceux offerts en CHSLD.

Chose certaine, il faudra éviter que le virage vers le privé conventionné n’aggrave la pénurie de main-d’œuvre des autres maillons de la chaîne, comme le communautaire et les ressources intermédiaires, qui ne sont pas assez financés pour attirer et retenir leurs employés.

Sans « nationaliser » le réseau, sans y aller d’une mesure uniforme, à tout le moins, si les normes peuvent être resserrées et mieux appliquées, ce sera un pas vers l’avant.