Ça fait des semaines qu’on dit aux enfants de se tenir loin les uns des autres : pas touche, pas de minouches, pas de parc, pas de contact.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Puis, soudainement, on leur annonce qu’ils retrouveront leurs copains de classe dans quelques jours.

Pas facile à comprendre pour un enfant… ni pour un parent !

Mais c’est néanmoins la direction qu’on doit prendre collectivement afin d’éviter que les conséquences fâcheuses du confinement finissent par surpasser les gains. 

Le niveau de détresse augmente en effet si vite chez les plus jeunes qu’il est temps de commencer à les « désencabaner ».

Oui, bien sûr, il existe un risque. Mais non seulement il est limité, il doit aussi être mis en perspective avec un autre risque : celui de garder autant d’enfants à la maison, loin des pédagogues, des tests et des dictées à l’âge où ils ont le plus besoin d’apprendre et de socialiser.

Tous ces élèves sont actuellement privés de ce qui constitue l’essence même de l’enfance, selon les mots de l’Association des pédiatres du Québec. « Le recours aux écrans plusieurs heures par jour est une solution de survie dans plusieurs foyers et prive les enfants de la stimulation cognitive et sociale dont ils ont absolument besoin. »

On peut donc craindre d’en faire des « cobayes » en les invitant à reprendre le chemin de l’école, comme certains disent de manière alarmiste, mais dans ce cas, ils sont déjà les cobayes d’une immense expérience d’enfermement loin des salles de classe, avec un encadrement disparate et des conditions d’apprentissage à géométrie très variable.

Y aura-t-il, une fois la pandémie passée, une flambée d’enfants qui prendront du retard et se heurteront éventuellement à un mur ? Une hausse des difficultés d’apprentissage non détectées ? Une augmentation des élèves à risque, des problèmes de santé mentale, des difficultés d’adaptation ?

On ne le sait pas.

En revanche, ce qu’on sait, c’est que les plus petits développent très peu de complications et de formes graves de la COVID-19.

Et les plus récentes études laissent croire que le virus est plutôt clément avec les jeunes.

On peut certes reprocher au gouvernement Legault d’avoir mal préparé l’annonce de lundi. Il a accru l’anxiété des parents et des employés du réseau de l’éducation en donnant l’impression de prendre un retour hâtif à la légère, puis en évoquant l’immunité collective comme raison du déconfinement scolaire.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

« Il est possible que les jeunes ne soient que très peu contagieux, voire pas du tout », explique François Cardinal.

Mais soyons magnanimes : à ce chapitre, on en apprend chaque jour un peu plus. Quand on parle d’« études récentes », on devrait d’ailleurs plutôt parler d’« études publiées ces dernières semaines, voire ces derniers jours ».

Prenez cette étude* publiée à la mi-avril dans la revue Clinical Infectious Diseases qui porte sur le foyer épidémique de la station de ski française des Contamines-Montjoie (ça ne s’invente pas).

On a suivi pendant deux semaines un enfant de 9 ans atteint de la COVID-19 qui a fréquenté trois écoles différentes et un club de ski. Il a été en contact avec 172 personnes et surprise ! il n’a infecté absolument personne.

Trop tôt pour en tirer de grandes conclusions, disent les scientifiques, mais cela montre qu’il est possible que les jeunes ne soient que très peu contagieux, voire pas du tout. Et donc que l’idée d’ouvrir les écoles pour accroître l’immunité de la population, évoquée par le premier ministre, n’est plus aussi pertinente qu’elle pouvait le sembler il y a quelques jours à peine.

Tout cela appelle donc à la plus grande prudence. Non pas en poursuivant le confinement des enfants comme si cette mesure était sans impact, mais en gardant la plus grande vigilance en rouvrant graduellement les écoles.

> Consultez l’étude publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases (en anglais)