Si on a réussi à garder toutes les SAQ ouvertes à la grandeur du Québec malgré la crise sanitaire et les besoins de distanciation physique, on devrait bien être capables de faire rouler un Parlement réduit à Ottawa sans trop d’efforts, non ?

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Et pourtant, ç’a tout pris pour que les troupes d’Andrew Scheer finissent enfin par obliger le gouvernement Trudeau à accepter une présence hebdomadaire d’une trentaine de députés à la Chambre des communes !

Tout de même étonnant, quand on y pense : les conservateurs qui se métamorphosent en porte-étendard du parlementarisme… contre des libéraux qui n’en veulent pas ! Un curieux revirement de situation par rapport à l’époque Harper, comme seule une crise peut en provoquer.

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« Il est nécessaire qu’un débat politique ait lieu sur la suite des choses », affirme François Cardinal.

Mais voilà : Andrew Scheer a bel et bien été forcé d’implorer le gouvernement (et les autres partis de l’opposition jusqu’à un certain point !) pour qu’il accepte de répondre en personne à certaines questions après un mois d’arrêt des travaux. Comme si Justin Trudeau avait oublié que dans l’expression « suspension temporaire », il y avait le mot « temporaire »…

Vrai, Scheer est en partie responsable des réactions négatives qu’il a suscitées, même parmi les autres formations politiques. Quelle étrange idée, tout de même, que de tenter de marchander son appui à un projet de loi visant à aider rapidement les entreprises et les employés touchés par la pandémie contre un « deal » sur le retour des parlementaires  !

Mais si on met cette bourde de côté et qu’on regarde en toute objectivité la demande répétée par les conservateurs ces dernières semaines, il faut se rendre à l’évidence : ils avaient raison.

Raison de demander le retour des questions. Raison d’exiger aussi une présence physique régulière, car d’évidence, l’exercice sera plus efficace et plus suivi par les Canadiens en chambre. 

S’il était normal de lever les débats parlementaires au plus fort de la crise, il est temps de les ramener alors qu’on évoque le pic de la pandémie et le début des réflexions sur le déconfinement.

Les gouvernements, à Québec et à Ottawa, ne peuvent tout de même pas fonctionner indéfiniment à coups de décrets et de conférences de presse à sens unique. Surtout quand on comprend que l’« état de crise » est la nouvelle normalité au pays, et ce, probablement pour la douzaine de mois à venir.

Jusqu’ici, ce sont les journalistes qui ont assuré le rôle de l’opposition en posant les questions épineuses (ils se le sont d’ailleurs fait reprocher par le public à quelques occasions). Mais ces derniers ne sont élus par personne. Ils font certes un travail essentiel, mais ils ne remplacent pas l’opposition officielle.

Et, manifestement, quand on écoute les points de presse quotidiens, on constate que le nombre de questions augmente en temps de crise. Et donc, le besoin d’explications et de réponses en fait autant.

On l’a d’ailleurs vu lors des débats extraordinaires qui ont eu lieu à la fin de mars, lorsqu’on a appris par les médias que les libéraux s’accordaient le droit de dépenser sans obtenir l’aval des partis de l’opposition jusqu’en décembre 2021 ! Il a fallu que les conservateurs demandent le retrait pour qu’il soit abandonné.

Preuve qu’il est nécessaire qu’un débat politique ait lieu sur la suite des choses. Preuve que les différentes régions et les différents courants représentés par les partis de l’opposition ont besoin de s’exprimer afin que les décisions du gouvernement tiennent compte des avis contraires.