Ce n’était pas une bonne solution de suspendre la session actuelle du cégep dans le calcul de la cote R. Mais à défaut de pouvoir retourner dans le passé et tuer au lance-flamme le pangolin qui aurait propagé la COVID-19, c’était probablement la moins mauvaise.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Il y aura sans doute des victimes collatérales. Des histoires déchirantes. Mais il y en aurait eu aussi si on n’avait rien fait.

Rappelons que la cote R sert moins à noter qu’à classer les élèves. C’est la position relative qui importe.

Les universités utilisent cette cote – ainsi que d’autres outils comme les entrevues – pour savoir quels étudiants admettre dans les programmes contingentés.

Pour mettre les élèves des différents cégeps sur une base comparable, la cote R pondère leur note. Elle compare l’élève aux collègues de sa classe par l’entremise de la moyenne et de l’écart-type. Et elle compare la classe elle-même avec les autres de la province en comptabilisant les résultats antérieurs des élèves au secondaire. Le calcul a d’ailleurs été modifié en 2017 pour éviter de pénaliser les classes remplies d’élèves performants.

Même si la session actuelle ne comptera pas dans le calcul de la cote R, les autres seront incluses. Il serait donc simpliste de parler de nivellement par le bas, car il y aura encore des premiers et des derniers. Le débat consiste plutôt à trouver la façon la plus juste et précise de les identifier.

Ce n’est pas si facile…

PHOTO KAI PFAFFENBACH, REUTERS

« Il y aura sans doute des victimes collatérales et des histoires déchirantes, mais il y en aurait eu aussi si on n’avait rien fait », explique notre éditorialiste.

La COVID-19 ne frappe pas tout le monde de la même façon. Certains cours se donnent mal à distance, comme les ateliers de génie mécanique. Et pour ceux qui s’enseignent bien en ligne, des élèves ont plus de difficulté à les suivre, comme ceux qui n’ont pas accès à un ordinateur portable ou à une connexion internet haute vitesse.

C’est pour cela que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé au début de la crise deux mesures spéciales : les cégépiens pourront abandonner leurs cours après la mi-session sans mention d’échec (ils devront le reprendre), et les enseignants pourront donner une mention « équivalence » s’il est impossible de donner une note chiffrée (le cours sera alors exclu du calcul de la cote R).

Le ministre laissait ensuite chacun décider si la session actuelle serait comptabilisée ou non dans la cote R.

Le compromis semblait idéal. Mais en faisant des simulations, des élèves et des enseignants ont constaté des problèmes.

D’abord, les abandons et les mentions « équivalent » auraient changé les moyennes et par ricochet le classement dans la cote R. Cela paraît contre-intuitif, mais si les élèves moins forts étaient plus nombreux à quitter un cours, cela nuirait à ceux des autres classes.

Ensuite, si les élèves incapables de suivre leurs cours à distance devaient exclure cette session dans le calcul de la cote R, cela les désavantageait par rapport aux autres, qui pouvaient choisir la meilleure des deux options.

Voilà pourquoi la Fédération étudiante collégiale, la Fédération des cégeps ainsi que les syndicats d’enseignants ont demandé que la session ne compte tout simplement pas dans le calcul de la cote R.

Ils ont préféré un classement partiel à un classement biaisé, et M. Roberge les a écoutés. Cela occasionne toutefois des désavantages indéniables.

La session inaugurale au cégep, celle de l’acclimatation, est réputée la plus éprouvante. La deuxième permet à plusieurs de hausser leur cote R. Si elle ne compte plus, la pression gonflera l’automne prochain pour se reprendre.

Quant aux finissants, certains espéraient faire pencher la balance lors des admissions à l’université – il arrive que la dernière session soit comptabilisée.

Les enseignants et les élèves qui se démenaient pour continuer la session à distance seront aussi démotivés.

Espérons pour la suite que les universités feront elles aussi preuve de souplesse en misant davantage sur les entrevues, les lettres de présentation et d’autres éléments aidant à évaluer les candidatures.

Car même si Québec semble avoir choisi la moins mauvaise option, tout le monde le reconnaît : elle n’a rien d’idéal.