Le gouvernement Legault a lancé un S.O.S aux médecins. Votre prochain voyage humanitaire, faites-le… dans un CHSLD près de chez vous. Maintenant. Ça urge.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Il manque 2000 infirmières et préposées aux bénéficiaires à cause de la COVID-19. Alors, roulez vos manches et assistez-les.

Quelle a été la réponse des médecins ? Attendez un peu avant de les lyncher.

Il faut distinguer entre les médecins sur le terrain et leurs fédérations. Et aussi entre le travail de fond de ces fédérations et leurs coups de gueule médiatiques.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur, a été d’une rare effronterie en narguant le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. Sur Twitter, elle lui a demandé s’il se rendrait lui aussi dans les CHSLD. Comme s’il n’était pas en train de travailler sans arrêt à gérer la crise !

IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE DIANE FRANCOEUR

Le tweet de Mme Francœur diffusé en début d'après-midi mercredi, puis rapidement retiré.

Mme Francœur s’est vite excusée à la demande du chef de cabinet de M. Legault.

Mais sur le fond, il faut rappeler que les fédérations médicales étaient comme le gouvernement : elles se préparaient pour une crise dans les hôpitaux.

À la mi-mars, la priorité de tout le monde était d’y libérer des lits pour se préparer à un afflux de patients. La FMSQ a créé un comité de réaffectation pour voir comment des médecins pourraient épauler leurs collègues intensivistes ou urgentologues au sommet de la vague. Ils se tenaient prêts et certains aidaient déjà – par exemple, un orthopédiste s’est transformé en assistant aux soins intensifs. D’autres ont réduit leurs heures en clinique ou à l’hôpital, et donc leur rémunération.

Finalement, c’est dans les CHSLD que la crise a frappé. Ce n’est pas la faute des médecins si le gouvernement ne l’a pas vu venir.

Il serait malhonnête de présumer que les omnipraticiens et spécialistes refusaient d’aider sur le terrain, alors que plusieurs offraient déjà au contraire de faire leur part. Et ce, au péril de leur santé ! Des médecins rapportent même, courriel à l’appui, avoir offert d’aider en CHSLD après le premier reportage de la Montreal Gazette sur l’établissement Herron à Dorval. Ils se sont sentis insultés par M. Legault, et on les comprend.

PHOTO ALEX EDELMAN, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Les infirmières et les préposées aux bénéficiaires ne sont pas assez nombreuses et pas assez payées », souligne Paul Journet.

D’ailleurs, il faut le souligner : depuis le début de la crise, chaque jour, des médecins travaillent sans relâche en risquant leur santé. Ils ne font pas la manchette, mais leur travail n’en demeure pas moins admirable.

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Le problème est ailleurs.

Alors que Québec a imposé par décret aux employés du milieu de l’éducation de servir sur demande en santé, il a dû négocier avec les fédérations de médecins – il est vrai que ces derniers ne sont pas techniquement des salariés, mais ce fut tout de même laborieux.

Cette entente dévalue un peu le travail des infirmières. Elle présume que les médecins pourront les remplacer sans peine – des médecins chuchotent qu’ils pourraient toutefois être embarrassés quand l’alarme de soluté sonnera.

Ce travail sera aussi chèrement payé – 211 $ l’heure pour les spécialistes, selon l’entente.

Des médecins auraient accepté de le faire gratuitement, mais leur fédération a négocié pour qu’ils gagnent 10 fois plus que les préposées aux bénéficiaires à côté d’eux. Pendant ce temps, on demande aux proches aidants et aux autres Québécois de contribuer bénévolement à l’effort de guerre.

Oui, l’aide des médecins est nécessaire et urgente. Et oui, avec un peu de débrouillardise, ils réussiront à aider les personnes âgées.

N’empêche que l’appel à l’aide lancé par M. Legault ne le dispense pas de ses responsabilités. La COVID-19 ne fait que révéler la crise qui sévissait déjà dans les CHSLD : les infirmières et les préposées aux bénéficiaires ne sont pas assez nombreuses et pas assez payées. Et avec le vieillissement de la population, ça ne va pas s’améliorer.