Donald Trump est-il invincible ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Les États-Unis sont devenus l’épicentre de la pandémie de COVID-19 et les ratés de la Maison-Blanche ont été largement documentés.

Pourtant, la popularité du président est loin d’être en chute libre.

PHOTO DOUG MILLS, THE NEW YORK TIMES

« La conférence de presse quotidienne de la Maison-Blanche devient de plus en plus, pour lui, l’occasion de vanter ses mérites », explique notre éditorialiste. Sur la photo, Donald Trump rencontre la presse, lundi.

La satisfaction à son égard vient de connaître une légère baisse. C’est vrai. Mais rappelons qu’elle s’était d’abord, selon certains sondages publiés en février et en mars, renforcée.

On parle donc pour l’instant davantage d’un retour à la normale que d’une sévère correction.

À quelques mois de l’élection présidentielle, il est par conséquent impossible de détecter, dans les sondages nationaux, les signes d’un inéluctable naufrage pour la présidence Trump.

Selon une moyenne des sondages compilés par RealClearPolitics, le taux d’approbation du président était mardi de 45,2 % (alors que 51,5 % des Américains se disent insatisfaits de son travail). Ce n’est pas catastrophique sachant que depuis son élection, ce taux a souvent été plus bas.

Donald Trump demeurera-t-il pour toujours un politicien « téflon » ? Ne sautons pas tout de suite aux conclusions.

On ne peut pas comprendre ce qui s’est passé au cours des dernières semaines dans l’opinion publique si on ne cherche pas à mettre ces développements en perspective.

Tout semble indiquer que le président Trump a bénéficié d’un effet bien connu des experts en temps de crise : les citoyens américains « se rallient derrière leur drapeau ». Ils serrent les rangs derrière leur président.

L’exemple le plus saisissant de cette tendance : le taux de satisfaction à l’égard de George W. Bush. Il a bondi de 35 points de pourcentage après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, a rappelé récemment Matthew A. Baum, professeur à la John F. Kennedy School of Government (Harvard).

Il est toutefois important de noter, précisait l’expert, que la hausse subite de popularité de Donald Trump a été très faible comparativement à ce qui s’est passé pour George W. Bush, mais aussi pour plusieurs autres présidents – y compris Obama : + 9 points de pourcentage après la mort d’Oussama ben Laden.

Les réserves à l’égard de Donald Trump sont d’autant plus frappantes quand on constate que la cote de popularité de certains gouverneurs américains, elle, a littéralement bondi. On parle par exemple d’une hausse de 32 points de pourcentage pour Andrew Cuomo dans l’État de New York et de 41 points de pourcentage pour le gouverneur californien Gavin Newsom.

Ce qui est clair, c’est que Donald Trump déploie des efforts inouïs ces jours-ci pour convaincre les Américains qu’il est l’homme de la situation.

La conférence de presse quotidienne de la Maison-Blanche devient de plus en plus, pour lui, l’occasion de vanter ses mérites et de dénoncer ses détracteurs.

Quitte à ce que l’événement ressemble davantage à un rassemblement partisan (et souvent à un freak show) qu’à une fructueuse séance d’information sur la crise en cours. Lundi, c’était flagrant… et franchement troublant.

Ce mélange indigeste de propagande et de divertissement va-t-il suffire pour persuader un nombre suffisant d’Américains que le président a agi de façon exemplaire ? Ou finira-t-il, enfin, par exposer son charlatanisme ?

Encore là, l’histoire de la présidence américaine est riche en enseignements. « Quand le soutien à un président diminue, vous allez voir des changements substantiels en l’espace de six mois, mais d’un mois à l’autre, c’est généralement modeste et d’une semaine à l’autre, c’est pratiquement indétectable », nous a expliqué le politologue Charles Franklin, de l’Université Marquette au Wisconsin.

En somme, il est encore un peu tôt pour prédire l’impact durable de la crise actuelle sur l’opinion publique. Et si Donald Trump parvient pour l’instant à sauver les apparences, il serait prématuré d’affirmer qu’il sauvera aussi sa présidence.