Hélas, le jour de la libération du confinement ne ressemblera pas au jour de la libération qui a marqué la fin de la Seconde Guerre mondiale.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Hélas, le jour de la libération du confinement ne ressemblera pas au jour de la libération qui a marqué la fin de la Seconde Guerre mondiale.

On ne prendra pas d’assaut les rues en masse. On ne se précipitera pas sur les places publiques en chantant et en dansant. Et on ne se mettra certainement pas à s’embrasser les uns les autres !

Il suffit d’avoir écouté MM. Legault et Trudeau ces derniers jours pour réaliser que les consignes ne seront pas levées du jour au lendemain. Ça ne sera pas une simple capitulation du virus qu’on célébrera avec du champagne, disons…

Mais à vous lire, à parcourir la centaine de courriels que vous m’avez fait parvenir en réponse à ma question (que ferez-vous en premier lors du déconfinement ?), je réalise que peu importe comment ça se déroulera, ce sera pour vous l’équivalent de la libération de Paris…

« J’irai assurément voir mon papa de 90 ans qui vit en résidence privée pour personnes âgées à Granby. J’irai le serrer fort dans mes bras et lui dire que c’est terminé, que nous avons passé au travers avec courage et que tout va maintenant bien aller », confie Dominique Lemonde.

Le confinement vous pèse, c’est de plus en plus manifeste dans vos messages. Et il vous fait réaliser une foule de choses, comme l’importance de ces petites habitudes du quotidien qu’on tient normalement pour acquises.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

« Le confinement vous pèse, c’est de plus en plus manifeste dans vos messages. Et il vous fait réaliser une foule de choses, comme l’importance de ces petites habitudes du quotidien qu’on tient normalement pour acquises », écrit François Cardinal.

La première chose que fera Ginette Gaudette, par exemple, c’est d’aller à l’épicerie et à la pharmacie. « Je suis tannée de toujours demander à mes enfants de le faire à ma place ! »

Jackie Cyr se promet « un shampooing et une mise en plis », puis « une marche sur les trottoirs en saluant tous les passants ».

Quant à Michèle LeGresley, elle rêve à « une longue marche au Jardin botanique », son endroit préféré au monde.

Mais ce que vous réalisez plus que tout pendant ce confinement, c’est à quel point nous sommes des êtres sociaux. Remarquez, on le savait déjà. Mais on se rend compte concrètement combien il est difficile de vivre cloîtré, loin de ceux qu’on aime.

Ce qui revient le plus souvent dans vos réponses : vous allez vous précipiter chez vos enfants, vos amis, vos parents, vos grands-parents pour les embrasser. Même vos voisins et vos collègues vont recevoir vos débordements de joie !

« Comme nous sommes tous en manque de câlins, je vais sonner à la porte de tous mes voisins pour leur donner un câlin ! », écrit François Guignard. « Moi, je ferai un énorme câlin à mes collègues de bureau avec qui j’ai quotidiennement vécu les hauts et les bas de la crise à travers un écran ! », renchérit Marina Badani.

Si quelques amoureux séparés par la COVID-19 ont certes hâte de se retrouver, comme François Desmarais, qui rêve de prendre sa blonde dans ses bras et de « la serrer très fort », ce sont les célibataires qui semblent souffrir le plus du confinement.

Raymond Brodeur, nouvellement divorcé, a hâte au jour d’après le virus pour « commencer à établir des rendez-vous de première instance avec des candidates possibles ! »

Quant à Micheline Godbout, elle ne cache pas que l’« interdiction de sortir » lui a fait réaliser que d’« avoir quelqu’un dans sa vie », c’est précieux finalement. « J’avais mis une croix là-dessus étant donné que j’ai plus de 50 ans, mais je reconsidère ma décision maintenant… »

Ça ne sera donc pas une libération comme on l’entend dans ce mot chargé d’histoire. Mais ce sera une petite libération. Votre libération. Une façon de célébrer le retour à un semblant de normalité et surtout, à une liberté retrouvée, même si elle demeurera toute relative pour un moment.

« Après des semaines de martèlement psychologique pour me faire comprendre que je suis une vieille femme vulnérable dans la société, écrit Francine Vachon, 72 ans, je veux retrouver mon indépendance, mon autonomie. Je veux retrouver mon droit à la vitalité ! »