Quel est le secret des Québécois ? Qu’est-ce qui explique leur grande discipline face au virus ?

François Cardinal François Cardinal
La Presse

La question se pose à la lumière des données de déplacements révélées par Google cette semaine. Des données en provenance d’une centaine de pays qui montrent le caractère distinct du Québec, où le confinement est bien plus suivi qu’ailleurs.

Les citoyens ont en effet réduit davantage leurs déplacements ainsi que leur fréquentation des commerces et des places publiques que ceux de n’importe quel autre État ou province en Amérique du Nord !

François Legault s’en est d’ailleurs vanté hier en parlant de la « fierté » qu’il ressentait pour « nous autres, comme peuple », mais d’autres se sont montrés étonnés, car ils croyaient les Québécois latins, indisciplinés, rebelles mêmes…

D’où nous vient donc cette grande discipline, au juste ?

Certes, le travail de communication exceptionnel de François Legault et de son équipe a beaucoup aidé à sensibiliser les citoyens. Des citoyens qui sont d’ailleurs plus habitués que les autres Canadiens à se tourner vers leur gouvernement provincial en temps de crise.

Mais soyons honnêtes : même si Legault a fait un bon travail jusqu’ici, l’impressionnante docilité des Québécois n’est pas née comme par magie à 13 h devant la télé.

La différence de comportement, elle trouve son origine dans des traits sociaux et culturels différents.

On retrouve par exemple au Québec la cohésion sociale des groupes minoritaires, qui apprennent à se serrer les coudes quand les temps sont durs. Il s’agit d’une condition d’existence, de survie même.

« Quand on se met ensemble, a fait remarquer le premier ministre hier, y a rien qui peut nous arrêter. »

Il y a aussi une question de taille. Le Québec est une petite société avec une identité très forte, ce qui la rend plus facilement mobilisable. Appelons ça l’esprit de village.

Mais il y a surtout une tendance collectiviste, solidaire, qui démarque le Québec en Amérique du Nord. L’État est ici plus interventionniste, plus porté à la redistribution à ceux qui en ont besoin. Les institutions sociales sont généreuses. Les décisions collectives se prennent par concertation, avec les mouvements syndicaux et communautaires.

N’est-ce pas justement ça, le modèle québécois ? Ce modèle à la fois social et économique… qui démontre le caractère solidaire des Québécois, tissé serré, prêt à faire bloc dans l’adversité. Précisément ce qu’on observe depuis le début de la pandémie.

Rien de surprenant aux yeux d’Alain Noël, professeur de science politique à l’Université de Montréal et auteur de plusieurs ouvrages sur la social-démocratie. « Quand tu as un État-providence fort et généreux, comme au Québec, tu accrois la confiance des gens envers l’État, envers les institutions, mais aussi des citoyens les uns envers les autres. »

Et si les gens ont bon espoir que leurs parents seront bien traités, s’ils ont confiance que le filet social sera là pour les attraper au besoin, s’ils ont confiance que le plus grand nombre fera ce qu’il faut, ajoute-t-il, eh bien… ils ont plus de chances de suivre les règles.

« Disons que lorsqu’une crise survient dans une société où c’est au plus fort la poche, fait-il remarquer, tu as plus de chance de faire la file au magasin d’armes à feu que de rester chez toi à écouter le Dr Arruda… »

Fait intéressant en cette époque de remise en question de la social-démocratie, la pandémie nous rappelle ainsi l’importance de l’État, de la redistribution, de nos instruments collectifs, autant de choses qu’on tient aujourd’hui pour acquises.

Autant de choses, également, qui montrent que les Québécois n’ont pas attendu la crise pour être solidaires et respectueux les uns des autres.

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