S’il est trop tôt pour tirer des conclusions quant à la façon dont l’ordre mondial pourrait basculer au sortir de cette crise, il ne l’est pas pour tenter d’en préciser les contours. Et pour l’instant, la Chine bombe le torse, avec raison.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Le succès de ses efforts a été souligné par l’Organisation mondiale de la santé. Normal, puisque l’efficacité avec laquelle le régime chinois a pu désamorcer la crise a été flagrante.

Oui, mais seulement à partir du moment où il a reconnu l’existence du virus, direz-vous ? C’est vrai. Nous y reviendrons plus loin, car c’est fondamental.

PHOTO LIU BIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le président de la Chine, Xi Jinping, devant une affiche qui porte le slogan « une course contre le temps pour combattre le virus », le 10 février dernier à Pékin

Cela dit, la situation actuelle et les rapports de forces qui en découlent démontrent de façon incontestable le pouvoir et l’influence de la Chine.

Depuis deux semaines, le pays s’est même mis à aider certains pays occidentaux aux prises avec le virus.

Le Canada, qui a reçu samedi un important don de matériel médical de la part de Pékin (Ottawa en avait également offert à la Chine au début du mois de février), n’est pas le seul à avoir bénéficié de la générosité de l’empire du Milieu.

Le pays est aussi venu à la rescousse de l’Union européenne et de certains de ses membres. À la mi-mars, Pékin a notamment expédié de l’équipement et des experts médicaux en Italie. Plusieurs ont alors fait remarquer que ce n’était pas seulement une démarche humanitaire ; c’était aussi une opération de relations publiques. Les médias chinois, contrôlés par l’État, ont relayé la nouvelle avec fierté. Traduction : Chine 1, Occident 0.

La Chine, avec Xi Jinping à sa tête, veut dominer le monde. Et toutes les occasions sont bonnes pour démontrer que son modèle est un succès. Même une crise sanitaire !

Ne dit-on pas, d’ailleurs, que le mot « crise », en chinois, est formé de deux caractères : un premier qui se traduit par « danger » et un deuxième qui signifie « opportunité » ?

L’idée, aussi, est de faire oublier que le coronavirus est né en Chine. Tout est permis pour y arriver. Même la désinformation. À la mi-mars, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a ainsi affirmé que « l’armée américaine pourrait avoir apporté l’épidémie à Wuhan ». Quelle aberration !

C’est notamment pour contrer les manœuvres de Pékin que les Américains tiennent tant à parler du « virus de Wuhan » ou du « virus chinois ».

PHOTO HECTOR RETAMAL, AGENCE FRANCE-PRESSE

La vie reprend tranquillement son cours à Wuhan, ville de 11 millions d’habitants, épicentre original de la pandémie.

Connaissant Donald Trump, il est permis d’avoir des réserves quant à cette stratégie américaine. D’autant qu’elle pourrait s’avérer contre-productive. Nous aurions tort cependant de donner le bon Dieu sans confession au régime chinois. Même s’il prête actuellement main-forte à certains pays occidentaux.

Car on a beau constater l’efficacité de la Chine, si le monde entier est désormais forcé de lutter contre ce sale virus, c’est parce que les pratiques dictatoriales du pays ont au départ poussé les autorités à ne pas sonner l’alarme.

Résultat : en Chine, rien n’a été fait pour limiter la propagation du virus pendant plusieurs semaines. Lorsque le régime chinois s’est ressaisi, le mal était fait. Il était trop tard pour empêcher le reste du monde d’être atteint. Le phénomène a été récemment expliqué avec brio par le New York Times.

En somme, nous payons aujourd’hui les pots cassés par le régime chinois.

***

Il n’est pas question ici de soutenir, comme certains l’ont déjà fait, qu’une dictature est un modèle plus résilient en temps de crise sanitaire qu’une démocratie. C’est faux.

L’Iran, régime tyrannique s’il en est, est inepte face à cette pandémie, alors que les réactions de la Corée du Sud et de l’Allemagne, jusqu’ici, sont inspirantes.

Une telle comparaison n’est donc pas très utile. Il est préférable, plutôt, de s’intéresser spécifiquement à la Chine.

Le pays n’est pas à l’abri d’une deuxième vague, c’est vrai. Mais jusqu’ici, on assiste à une impressionnante démonstration de sa puissance. Et elle est d’autant plus remarquable si on la met en parallèle avec la performance actuelle de son grand rival américain. Chine 1, États-Unis 0.

Cette comparaison, elle, est hautement pertinente. Elle nous permet de deviner de quoi aura l’air le monde d’après la crise, si la tendance se maintient.