Actuellement, aux États-Unis, il est plus facile de se procurer un AR-15 (l’arme à feu semi-automatique ayant servi dans plusieurs tueries) qu’un test de dépistage du coronavirus.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ce commentaire a été fait sur Twitter par le sénateur démocrate Bob Casey. La critique est fondée. Et elle en dit long sur les ratés de la gestion de l’épidémie de la COVID-19 chez nos voisins du Sud.

C’est ce à quoi la Maison-Blanche a tenté de remédier hier.

PHOTO ALEX BRANDON, ASSOCIATED PRESS

Le président Trump a serré de nombreuses mains, vendredi, dont celle du PDG de Walmart, Doug McMillon, un geste que les médecins ne cessent actuellement de déconseiller.

Donald Trump a décrété l’urgence nationale, ce qui lui permet de distribuer jusqu’à 50 milliards US partout au pays pour lutter contre l’épidémie.

Parallèlement, il a annoncé un partenariat avec le secteur privé pour que tous les Américains qui doivent être testés puissent y parvenir. Il était temps…

Mercredi, un des conseillers du président dans le dossier, Anthony Fauci, avait fait des aveux embarrassants devant le Congrès américain au sujet des tests de dépistage.

« C’est un échec, avait admis cet expert respecté. L’idée que quiconque puisse obtenir [un test] facilement comme ça se fait dans d’autres pays… Nous ne sommes pas organisés pour ça. »

Un véritable œil au beurre noir pour la première puissance mondiale.

Parmi les autres reproches faits à l’administration Trump, notons aussi le fait qu’elle a démantelé le bureau qui, au Conseil de sécurité nationale, s’occupait de planifier les interventions en cas de pandémie. Il avait été mis sur pied en 2014, dans la foulée de l’épidémie d’Ebola.

Une question à ce sujet a d’ailleurs été posée au président lors de sa conférence de presse hier. Il l’a jugée « méchante », avant de dire qu’il n’y était pour rien. C’était consternant.

Comme lors de son allocution mercredi soir, qui a été suivie de plusieurs rectificatifs, Donald Trump semblait hier déstabilisé face à cet ennemi invisible.

Et il a l’air incapable de se rendre compte qu’en tant que président, il doit donner l’exemple. Le voir serrer des mains à répétition, avec enthousiasme, est désespérant.

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À l’heure actuelle, plus de la moitié des Américains estiment que Donald Trump gère mal cette crise. Leur état d’esprit a été habilement illustré à la une du New Yorker récemment : on y voit le président américain avec un masque chirurgical… posé sur ses yeux ! Le message est clair : son incompétence est aveuglante.

IMAGE TIRÉE DU SITE DU NEW YORKER

La Une du New Yorker

Le problème, c’est que la recette traditionnelle du succès de Donald Trump ne semble pas utile pour permettre à son pays de traverser une telle crise.

L’intimidation, l’esbroufe, la bravade… rien de tout ça ne fonctionne pour relever ce genre de défi.

On ne dénigre pas un virus en l’affublant d’un surnom ridicule.

On ne peut pas organiser un sommet bidon, serrer la main d’un ennemi et dire que la crise a été résolue comme par magie.

Tenter de blâmer l’administration Obama ? Ça sent le réchauffé. Et ça ne convaincra que ses partisans les plus fidèles.

Même les mensonges et la désinformation, dans une telle situation, vont avoir l’effet inverse de celui souhaité.

Laisser entendre qu’il s’agit d’un canular des démocrates et que le risque est très faible pour les Américains, comme l’a fait le président, est forcément contre-productif si on tente de limiter la propagation de l’épidémie.

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Le manque de leadership politique de Donald Trump n’augure rien de bon pour les Américains et, par conséquent, pour le Canada, pays avec lequel les États-Unis ont les échanges les plus importants. D’où les questionnements, ici, au sujet d’une éventuelle fermeture de la frontière.

Il reste à espérer que l’administration américaine dans son ensemble ainsi que les autorités locales d’un bout à l’autre du pays sauront compenser les défaillances du président. Elles n’ont jamais été plus flagrantes que depuis le début de cette crise.