Moins de salles de spectacles. Moins de stationnement. Moins de commerces. Plus de verdure. Plus de pistes cyclables. Une passerelle couverte qui reliera le projet immobilier au métro. Un concept qui prévoit 4500 unités résidentielles et de l’espace pour une école.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Personne ne pourra dire que le promoteur du controversé projet Royalmount n’a pas mis d’eau dans son vin. En annonçant la nouvelle mouture de son projet au début de la semaine dernière, Carbonleo a démontré qu’il a pris en compte une partie des critiques qu’il a reçues de la part de la Ville de Montréal, mais aussi de citoyens en colère, d’environnementalistes, d’urbanistes, d’experts du transport, d’architectes et d’acteurs du milieu culturel.

Cette vaste coalition difficile à ignorer lui avait demandé de retourner à la table à dessin parce qu’elle s’inquiétait – avec raison – de l’impact du grand projet immobilier sur la congestion routière, sur l’environnement, sur l’économie et sur l’offre culturelle du centre-ville de Montréal.

Dans sa réponse, le promoteur a offert de petites branches d’olivier à ses principaux détracteurs, et c’est à son honneur.

IMAGE FOURNIE PAR CARBONLEO

Le projet Royalmount 

***

Si on ne peut pas nier que plusieurs améliorations ont été apportées, on ne peut pas dire non plus que toutes les sources d’irritation ont disparu.

D’abord, il est loin d’être évident que les quelques aménagements prévus par le promoteur permettront réellement d’écarter la hausse des bouchons de circulation dans l’axe routier le plus fréquenté de la province, l’intersection des autoroutes 15 et 40, déjà cauchemardesque.

Cependant, Carbonleo pourrait difficilement répondre à lui seul à ce problème qui mérite un véritable branle-bas de combat régional qui combinera des aménagements routiers et une offre hautement accrue de transports en commun, alors que tout le secteur Namur–De la Savane s’apprête à accueillir des dizaines de milliers de nouveaux résidants. Pas seulement Royalmount.

***

L’autre grand aspect irritant est beaucoup plus facile à régler : dans la partie résidentielle de son projet, Carbonleo ne prévoit aucun logement social. Vous avez bien lu : aucun.

Lors d’entrevues avec les médias, le vice-président de l’entreprise, Claude Marcotte, a noté que son projet commercial et immobilier étant à Mont-Royal, il n’a pas à se plier aux règles en vigueur sur le territoire de la Ville de Montréal qui prévoient 20 % de logement social, 20 % de logement abordable et 20 % de logements pour les familles dans tous les nouveaux projets immobiliers d’envergure.

Au sens strict, c’est exact, mais ça ne libère pas le promoteur de toute considération sociale. La nécessité de construire des quartiers qui sont mixtes tout autant sur les plans social qu’économique ne commence pas du côté sud de Jean-Talon !

Alors que tous les indicateurs statistiques démontrent que nous sommes à un cheveu d’une crise du logement, il est simplement inconcevable de ne pas prévoir de logements sociaux dans un grand projet immobilier.

À ce chapitre, c’est Mont-Royal qui a le gros bout du bâton. C’est elle qui a le droit de changer le zonage pour que des unités résidentielles voient le jour dans Royalmount. C’est elle qui peut décider du type de logements qui y seront construits et qui peut négocier avec le promoteur.

Jusqu’à maintenant, il serait difficile de dire que Mont-Royal fait sa juste part en ce qui concerne le logement social dans l’île de Montréal. Selon un rapport d’août 2019 du Service de l’habitation de la Ville de Montréal, on y trouve tout juste 0,2 % des logements sociaux et communautaires de l’agglomération de Montréal, alors que la population de la municipalité cossue représente 1 % de la population. Il est possible de faire beaucoup mieux.

IMAGE FOURNIE PAR CARBONLEO

Le projet Royalmount 

Mont-Royal n’est pas la seule dans ce cas. Les municipalités défusionnées de Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Sainte-Anne-de-Belleveue, Dorval, Kirkland, Hampstead, Montréal-Ouest, Senneville et Westmount, pour ne nommer que celles-là, sont toutes dans une situation similaire ou pire.

Mont-Royal, qui s’inquiète de l’acceptabilité sociale de Royalmount, devrait donc saisir l’occasion en or qui est devant elle pour redresser la barre en convainquant Carbonleo et ses partenaires de prévoir un projet résidentiel mixte et non pas un îlot réservé aux riches.

D’autant plus qu’elle ferait d’une pierre deux coups. Mont-Royal, qui a été maintes fois vivement critiquée pour avoir érigé une clôture sur le boulevard de l’Acadie qui la sépare autant physiquement que psychologiquement du quartier pauvre et multiculturel de Parc-Extension, aurait la chance de prouver qu’elle n’est plus une municipalité où seuls les nantis ont leur place.