Il est tentant de jouer au jeu des comparaisons à la suite des élections britanniques qui se soldèrent, à la mi-décembre, par une victoire écrasante du conservateur Boris Johnson et une déroute historique du Parti travailliste de Jeremy Corbyn.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Rappelons-nous que plusieurs avaient vu en 2016, non sans raison, des liens entre le vote sur le Brexit – dont Boris Johnson est l’un des plus habiles promoteurs –, qui avait eu lieu en juin de cette année-là, et l’élection de Donald Trump quelques mois plus tard.

Et si nous étions en train de jouer dans la deuxième partie du même film ?

Et si le plus récent triomphe de Boris Johnson était de bon augure pour l’avenir politique du président américain ?

La question fait déjà débat des deux côtés de l’océan Atlantique et, de fait, elle mérite qu’on s’y attarde.

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Dire que l’échec des travaillistes a été cuisant n’est pas faire de l’enflure verbale. Jamais le parti n’avait connu une telle déroute depuis 1935 ! Il est difficile d’évaluer avec précision où se situe, politiquement, l’épicentre de ce séisme. Cela dit, le virage résolument à gauche et les tendances populistes et démagogiques de Jeremy Corbyn ont assurément eu un effet important sur le résultat du scrutin.

Pour l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair, qui a dirigé le pays pendant 10 ans, le diagnostic est on ne peut plus clair. Quelques jours après les élections, il s’est empressé d’exhorter le parti à rejeter au plus vite le « socialisme quasi révolutionnaire » de Jeremy Corbyn.

D’autres, comme l’universitaire Yascha Mounk, politologue qui enseigne à Harvard et auteur du livre Le peuple contre la démocratie, en ont conclu que « le populisme de droite va toujours battre le populisme de gauche ».

Certains indices nous portent à croire qu’il a raison. Outre la défaite retentissante de Jeremy Corbyn, notons les insuccès de Jean-Luc Mélenchon en France – alors que les populistes d’extrême droite s’en tirent nettement mieux –, et même, ici, les embûches rencontrées cette année par la plus populiste des députés de Québec solidaire, Catherine Dorion.

La question qui tue, maintenant : qu’est-ce que ça signifie pour l’avenir des démocrates sur le sol américain, alors que leur cœur balance entre : 

• des candidats dans la lignée de Barack Obama, plus centristes, comme Joe Biden et Pete Buttigieg ;

• d’autres nettement plus à gauche sur l’échiquier politique et flirtant parfois avec le populisme, comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren ?

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Plusieurs facteurs permettent de déterminer si un politicien est populiste.

S’il prétend être le seul à véritablement représenter le peuple, par exemple, comme ceux qui disent parler au nom de « la majorité silencieuse ». S’il a tendance à véhiculer une conception très homogène de ce peuple, dont certains sont exclus de facto. S’il manifeste, par ailleurs, un rejet de ceux qu’il décrit comme des « élites ». Et aussi, généralement, s’il se montre allergique aux institutions démocratiques et tente de diaboliser les médias.

Selon cette définition, Donald Trump est assurément populiste. C’est un peu moins clair dans le cas de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren, qui ne sont certes pas anti-pluralistes, mais dont le discours belliqueux à l’égard de « l’oligarchie » qui est « corrompue » jusqu’à la moelle et qu’il faut « vaincre » n’est pas sans rappeler certains discours populistes.

Plusieurs démocrates pensent que choisir un de ces deux candidats est la seule façon de venir à bout de Donald Trump en novembre prochain. Qu’il faut, en somme, combattre le feu par le feu. Les sondages réalisés sur le plan national montrent en effet que l’un et l’autre pourraient vaincre le président républicain.

Le problème, c’est que ces sondages ne sont pas assez fiables. Mieux vaut se fier à ceux qui sont réalisés dans les États clés. Or, le mois dernier, on apprenait que dans certains de ces États (Floride, Pennsylvanie, Caroline du Nord…), Donald Trump était donné gagnant contre Bernie Sanders et Elizabeth Warren, selon les intentions de vote des électeurs susceptibles de participer au scrutin présidentiel. Joe Biden, généralement, s’en tirait un peu mieux qu’eux.

Gardons-nous de sauter aux conclusions. Mais notons néanmoins qu’à la lumière de ces exemples, les forces progressistes au sein des démocraties occidentales auraient tout avantage à se garder une petite gêne avant d’affirmer sans l’ombre d’un doute que le populisme de gauche ou un virage vers un « socialisme quasi-révolutionnaire » à la Corbyn est nécessairement la meilleure façon de contrer le populisme de droite.