Vous avez hâte au repas de Noël, mais vous appréhendez les inévitables chicanes de famille suscitées par l’actualité et la politique ? Armez-vous de cette liste de sujets et de comportements à éviter pour cette soirée de réveillon, concoctée sans trop de sérieux par notre équipe éditoriale.

Le blackface de Justin Trudeau

Faites ce que Justin Trudeau n’a pas eu la sagesse de faire : gardez-vous une petite gêne. Oui, ce n’était pas un glorieux moment de notre Canada postnational. Mais ça ne risque pas non plus d’être un grand moment de délibération familiale si vous en parlez entre le deuxième et le troisième verre de vin. La jasette risque fort de déraper. Le seul suspense, c’est de savoir dans quelle direction. Un aveu de matante qui montrera les VHS de son blackface au secondaire ? Une analyse futile pour savoir si le Québec est plus ou moins raciste que le Canada anglais ? Un retour aux débats sur SLĀV ? Contentons-nous de souligner l’essentiel : eh oui, le Canada a un premier ministre qui combine deux passions qui, dans son cas, vont très mal ensemble, soit le déguisement et la photographie… Faites comme nous : frappez votre front avec votre paume et passez à un autre appel. – Paul Journet

OK boomer

Avez-vous déjà vu un sujet qui mène si vite à des généralisations banales ? Nous non plus. Pour résumer : la génération plus vieille se méfiait des vieux quand elle était jeune, et depuis qu’elle est vieille, elle se méfie des plus jeunes. C’est, pour citer Elton John, le grand cercle de la vie. Insistez-vous vraiment pour tourner en rond en sortant les clichés habituels sur les vieux et les jeunes ? Si vos voisins insistent pour en parler, en guise d’autodéfense, on vous suggère de préparer un recueil de citations de jeunes baby-boomers qui riaient de leurs aînés dans les années 60. Les milléniaux comprendront qu’ils ne sont pas originaux, et les boomers se souviendront qu’ils sont déjà passés par là. Et n’oublions pas la génération coincée entre les deux : comme l’a rappelé un meme viral qui circulait cet automne, dans ce débat, la réponse des X est : nous, on est exaspérés par tout le monde, autant les plus vieux que les plus jeunes. – Paul Journet

Le coton ouaté de Catherine Dorion

Pour Catherine Dorion, les « luttes » sont « fécondes ». C’est le titre de son plus récent essai. Pour elle, donc, la trêve est stérile. Elle l’a prouvé en finissant l’année 2019 de la même façon que l’année 2018 : avec une controverse vestimentaire. Deux, pour être exact. La première, provoquée par une photo d’Halloween, n’avait pas vraiment lieu d’être. Le geste se voulait un clin d’œil humoristique. Mais le retour de la députée à l’Assemblée nationale avec un coton ouaté était fait, lui, pour soulever la polémique. Ne retombez pas dans ce piège pendant les Fêtes. Choisissez la trêve plutôt que la lutte. Ça vous évitera aussi d’être au cœur de discussions hargneuses sur la Fédération des femmes du Québec, qui a invité les femmes à porter à la fois le coton ouaté… et le voile, en guise de solidarité avec la députée. Si vraiment, mais vraiment, vous brûlez d’envie de prononcer les mots « coton ouaté », contentez-vous de fredonner la toune de Bleu Jeans Bleu. « Eille, fais-tu frette ? T’es tu ben dans ton coton ouaté ? » –Alexandre Sirois

La manif sur le pont Jacques-Cartier

« Nous sommes responsables du réchauffement climatique. Formellement responsables, que nous l’ayons provoqué ou non, qu’il soit possible ou non de prouver que nous l’avons provoqué », écrit le philosophe Timothy Morton dans son livre La pensée écologique, publié en français cette année. Nos gouvernements ne se comportent pourtant pas encore comme s’ils en étaient responsables. Et les manifestants du groupe Extinction Rebellion, comme bien d’autres, n’en peuvent plus des demi-mesures. Ils ont lancé une série de coups d’éclat non violents pour mobiliser les citoyens et pousser nos élus à agir. On a ici les bases d’une discussion nécessaire. Vous voudrez toutefois éviter d’insister trop longtemps sur leur idée de bloquer le pont Jacques-Cartier en pleine heure de pointe. Vous risquez de vous mettre à dos inutilement une partie de ceux qui partagent pourtant votre avis sur le sort de la planète et sur l’urgence d’agir.
– Alexandre Sirois

La loi 21

Si vous voulez que le party du Nouvel An se termine tard, laissez la loi 21 sur le banc de neige et versez-vous un chocolat chaud. Même si François Legault aime répéter que le projet de loi sur la laïcité adopté en juin « fait consensus » au Québec, ce sujet divise encore plus que le troisième lien à Québec. La question est devant les tribunaux, laissons-la là. De toute façon, pendant les Fêtes, alors que saint Nicolas s’installe dans tous les centres commerciaux et que le calendrier des congés est arrimé à la plus grande des fêtes chrétiennes, on est mieux de se garder une petite gêne collective. – Laura-Julie Perreault

Le retour des Canadiens du groupe État islamique

Ce n’est pas une patate chaude, c’est une patate brûlante. Une cinquantaine de Canadiens qui ont vécu au sein du califat autoproclamé du groupe État islamique sont détenus par les combattants kurdes dans le nord de la Syrie. Et ces peshmergas commencent à en avoir leur voyage. Ils aimeraient bien voir tout ce beau monde rentrer au Canada. Ottawa ne démontre aucun empressement. Les raisons sont simples : mis à part les familles des anciens djihadistes, peu de Canadiens ont envie de les voir rentrer au pays. Ottawa n’aura probablement pas le choix de faire quelque chose l’année prochaine. Mais d’ici là, on ne vous recommande pas de demander à tante Ghislaine ou à oncle Arthur s’ils seraient à l’aise qu’une femme liée à l’EI s’installe avec ses enfants au coin de leur rue. Ils risquent de s’étouffer avec leur sandwich, même pas de croûte. – Laura-Julie Perreault