Pfft… Ça résume assez bien l’attitude du gouvernement caquiste à l’égard de notre patrimoine culturel immobilier au cours des 12 derniers mois.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La maison Boileau à Chambly a été démolie en novembre 2018. La ministre de la Culture Nathalie Roy s’est rapidement indignée. Elle disait que son gouvernement voulait « agir et non réagir ». Son objectif : que des cas malheureux » comme celui-là « ne se reproduisent pas ».

Puis… pfft.

Ou presque… On a appris cette semaine que son ministère s’était adressé à la Cour supérieure afin de pouvoir protéger la maison Charbonneau, à Laval, même s’il fallait pour ça aller à l’encontre de la volonté de sa propriétaire.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy

Ce fut un geste remarqué. Et il y en a eu quelques autres en matière de patrimoine, comme le prolongement de l’avis d’intention de classement du Château Beauce de Sainte-Marie. En revanche, l’année 2019 a aussi apporté des mauvaises nouvelles, comme la démolition de la maison Pasquier — la ministre s’en est lavé les mains, rejetant la responsabilité sur la Ville de Québec.

À l’heure des bilans, le constat est sans appel : notre patrimoine culturel demeure sur des sables mouvants en raison de l’absence de vision et de plan d’action, à Québec, quant à sa protection. Les problèmes de gouvernance, notamment, demeurent criants.

La ministre n’est pas la première à s’abstenir de prendre le taureau par les cornes.

En 2016, un rapport important au sujet du patrimoine culturel québécois a été publié. Michelle Courchesne et Claude Corbo y offraient une soixantaine de recommandations qui auraient permis de changer la donne.

Puis… pfft.

On faisait déjà état noir sur blanc dans ce rapport de « plusieurs cas d’action ou d’inaction gouvernementales » qui « mettent en lumière des conduites pour le moins problématiques à l’égard du patrimoine immobilier ».

Personne ne bouge, et pourtant, les solutions sont nombreuses. Non seulement elles figurent dans le rapport Courchesne-Corbo, mais elles ont été maintes fois évoquées au cours des dernières années par les défenseurs du patrimoine. En vain.

Le fait est que le ministère de la Culture semble s’être déchargé d’une partie de ses responsabilités et agit surtout pour éteindre les feux. Le problème, à la base, est donc structurel. La politique de Québec doit être clarifiée et mieux structurée.

Ensuite, si on a partagé d’importantes responsabilités avec les municipalités en matière de protection du patrimoine culturel, rares sont celles qui ont les reins assez solides ou l’expertise nécessaire pour les assumer. Là non plus, rien n’a changé, même si le diagnostic ne date pas d’hier.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Démolition de la maison Boileau, à Chambly, en novembre 2018

Un soutien accru aux municipalités, de la part de Québec, est donc essentiel. Mais cela n’aura pas l’effet d’une baguette magique.

Le risque que surviennent de nouvelles démolitions sauvages va demeurer. Certaines municipalités continueront de ramer à contre-courant.

C’est pourquoi, parallèlement, il faut imaginer un mécanisme pour y faire face.

Ça pourrait prendre la forme d’une « instance d’appel indépendante des municipalités à laquelle des citoyens ou comités de sauvegarde pourraient recourir dans les cas litigieux », comme le suggérait l’an dernier le président du Comité du patrimoine à la Fédération Histoire Québec, Clément Locat.

Québec aurait peut-être tout avantage à réfléchir sérieusement à l’idée de créer un poste de commissaire à la valorisation du patrimoine immobilier, évoquée dans le rapport Courchesne-Corbo.

Par ailleurs, il y a encore un travail de sensibilisation à faire quant à l’importance de valoriser notre patrimoine. L’organisme Action patrimoine l’a rappelé le mois dernier dans la foulée de la démolition de la maison Pasquier.

Favoriser la prise de conscience de la population et des élus devrait aussi figurer parmi les priorités de Québec. À ce chapitre, certains font remarquer que la démolition de la maison Boileau a contribué à un certain éveil. Il aura été brutal, mais au moins, à quelque chose, malheur est bon…

En somme, il faudra bien qu’un ministre de la Culture ose un jour affronter l’orage. Le statu quo est intenable.

Ne désespérons pas, toutefois. Le salut peut encore passer par la CAQ. Le bureau de la ministre Roy a fait savoir qu’elle annoncerait, le 5 décembre prochain, « davantage de leviers » pour les municipalités afin de leur permettre de protéger le patrimoine culturel qui se trouve sous leur autorité.

On souligne aussi qu’un audit de performance est actuellement fait par la vérificatrice générale du Québec dans le dossier du patrimoine immobilier. Il ne restera pas sans suite, nous dit-on.

Permettez-nous néanmoins de faire preuve de scepticisme et de poser, en terminant, la question qui tue : combien de joyaux seront encore démolis avant que nos élus cessent véritablement de prendre la protection du patrimoine à la légère ?