Une chasse aux sorcières ? C’est ce que soutiennent Donald Trump et les politiciens républicains qui le défendent bec et ongles dans le dossier ukrainien. Mais ça ne tient pas debout. Pas après ce qu’on a entendu mercredi.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Les premiers témoignages publics au Congrès américain, dans le cadre de l’enquête sur la destitution du président, ont plutôt donné des munitions à tous ceux qui sont convaincus qu’il y a eu abus de pouvoir de la part de Donald Trump.

Le président américain le moins honorable des quatre dernières décennies semble avoir fait des gestes à la fois funestes pour les États-Unis et pour l’Ukraine.

PHOTO YURI GRIPAS, REUTERS

« Une chasse aux sorcières ? Ça ne tient pas debout. Pas après ce qu’on a entendu mercredi », écrit notre éditorialiste.

Et il s’avère que le fameux coup de fil donné par Donald Trump au président ukrainien Volodymyr Zelensky le 25 juillet dernier, lors duquel le président américain a fait pression sur son homologue pour le forcer à enquêter sur le fils de Joe Biden (et sur une théorie du complot liée à l’élection présidentielle américaine de 2016), n’était que la pointe de l’iceberg.

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C’est du moins ce que le plus haut diplomate des États-Unis en Ukraine, William Taylor, ainsi qu’un autre responsable du département d’État, George Kent, ont allégué. Selon eux, parallèlement au coup de fil en question, il y aurait eu un effort concerté de la part de plusieurs membres de l’entourage de Donald Trump pour que le président ukrainien annonce publiquement la tenue d’une enquête.

Ces proches du président américain, incluant l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, avaient même mis sur pied un canal diplomatique irrégulier.

Objectif : faire comprendre à Volodymyr Zelensky que s’il n’obéissait pas, il ne verrait jamais la couleur des quelque 400 millions promis pour assurer la sécurité de son pays. Et qu’il ne serait pas, non plus, invité à la Maison-Blanche.

William Taylor a expliqué de façon méthodique comment cette offensive de la Maison-Blanche s’est déroulée. Il nous a aussi permis d’en comprendre les risques en analysant son impact sur la sécurité nationale de l’Ukraine et des États-Unis.

Il a dit avoir conclu, en visitant la région ukrainienne du Donbass où se trouvent des rebelles prorusses, que « plus d’Ukrainiens allaient sans doute mourir » si l’aide américaine n’était pas allouée rapidement. Et comme la sécurité américaine dépend de la stabilité du continent européen et de l’endiguement de la Russie, le sort de l’Ukraine est fondamental pour Washington.

Mais pas pour Donald Trump, visiblement.

Plus le temps passe, plus on comprend qu’il n’a pas de scrupule à faire passer ses intérêts personnels avant ceux de son pays.

PHOTO JULIO CORTEZ, ASSOCIATED PRESS

Des manifestants ont affiché leurs couleurs devant le Capitole, hier à Washington.

À ce sujet, William Taylor a même rapporté qu’un membre de son équipe aurait entendu l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, discuter avec le président américain en juillet dernier. Interrogé à savoir ce que Donald Trump pensait de l’Ukraine, l’ambassadeur aurait répondu qu’il « s’intéressait davantage à l’enquête sur Biden » !

Voyons voir si cette déclaration est corroborée au cours des prochains jours, mais de tels propos, aussi épouvantables soient-ils, ne seraient pas étonnants.

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À l’issue des audiences de mercredi, force est d’admettre que les démocrates ont eu raison de permettre au public américain de pouvoir prendre connaissance de ces témoignages. Les audiences à huis clos devaient prendre fin.

Le moment est historique. On tente d’évaluer si ce qu’a fait Donald Trump correspond à ce qui est passible de destitution selon la Constitution américaine : « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs ».

Bon, si on voit le verre à moitié vide, on se dira que c’est un coup d’épée dans l’eau, puisque le président n’a presque aucune chance d’être destitué. Les républicains sont majoritaires au Sénat, chambre du Congrès américain qui a le dernier mot dans ce processus. On peut aussi craindre que bon nombre d’Américains finissent par juger que Donald Trump est persécuté par les démocrates.

En revanche, ce qui est très certainement louable, c’est que les Américains ont maintenant la chance de mieux évaluer l’ampleur de la perfidie du petit manège du président américain dans le dossier ukrainien.