Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a raison : Michael Bloomberg est un « milliardaire qui décide d’être candidat à la présidence des États-Unis parce qu’il est milliardaire ».

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Rares sont ceux qui pourraient se permettre de se lancer si tard dans la course (il reste moins de trois mois avant le premier scrutin : les caucus de l’Iowa). Michael Bloomberg, lui, peut flirter avec cette idée parce qu’il en a les moyens !

Il pourrait du jour au lendemain embaucher d’excellents conseillers, investir pour mettre sur pied des équipes sur le terrain dans un grand nombre d’États et inonder ceux-ci de publicités vantant ses mérites. Tout ça coûte cher. À preuve : certains prétendants démocrates ont dû récemment congédier des employés et fermer des bureaux dans des États clés.

Cela étant dit, Bernie Sanders aurait tout avantage à faire preuve de plus d’indulgence à l’égard de l’ancien maire de New York. Si ce dernier envisage plus sérieusement que jamais de devenir candidat, ce n’est pas seulement parce qu’il est plein aux as. C’est aussi en raison de la faiblesse présumée des candidats actuels. Les médias américains font état ces jours-ci d’une nervosité palpable chez certains ténors du parti à ce sujet.

Michael Bloomberg s’inquiète avec raison des conséquences d’une éventuelle réélection de Donald Trump. Et il estime qu’aucun des candidats actuels – y compris Bernie Sanders – ne sera en mesure de vaincre le président républicain en novembre 2020.

PHOTO BILL PUGLIANO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le milliardaire Michael Bloomberg, ancien maire de New York

Il n’est pas le seul parmi les démocrates à redouter une catastrophe et à rêver du messie (l’ancien gouverneur du Massachusetts, Deval Patrick, vient lui aussi de signaler qu’il songe à se présenter).

Ils sont nombreux à appeler de tous leurs vœux l’apparition d’un prétendant qui saura chasser Donald Trump de la Maison-Blanche à coup sûr. Aussi bien dire : la venue d’un candidat qui peut marcher sur l’eau !

Le problème le plus difficile à surmonter pour Michael Bloomberg c’est qu’il n’a pas, lui-même, l’étoffe d’un sauveur.

Il est trop tôt pour affirmer qu’il va se heurter à un mur. Mais disons que les premiers échos, tant pour ce qui est des réactions que du premier sondage au sujet de ce politicien et homme d’affaires de 77 ans, n’ont rien de rassurant.

Dimanche, la firme Morning Consult a révélé – roulement de tambour – que Michael Bloomberg se classe au… sixième rang chez les démocrates quant aux intentions de vote, avec un maigre résultat de 4 % ! Hum… À titre de comparaison, Joe Biden était au premier rang, à 31 %.

Bien sûr, il faut laisser la chance au coureur. Peut-être que son message de candidat centriste et pragmatique, à la Joe Biden, séduirait davantage les électeurs démocrates une fois sa campagne lancée. D’autant plus qu’il pourrait injecter des sommes colossales pour en faire la promotion.

Mais peut-être pas non plus. Bernie Sanders, piqué au vif par les intentions de Michael Bloomberg, a également soutenu qu’un milliardaire n’est pas la personne la mieux placée pour aborder de front les questions politiques liées aux inégalités croissantes aux États-Unis. Il n’est pas le seul démocrate à le penser.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul reproche qu’on fait à Michael Bloomberg. Son bilan, du temps où il était maire de New York, ne fait pas l’unanimité. 

Plusieurs condamnent tout particulièrement la multiplication des interpellations arbitraires avec fouille (stop-and-frisk) sous sa gouverne. Un chroniqueur du New York Times a même estimé récemment que cette politique à elle seule justifie qu’on s’oppose à sa candidature.

En contrepartie, Michael Bloomberg, en tant que philanthrope, a épousé au cours des dernières années des causes cruciales pour les démocrates comme le contrôle des armes à feu et la lutte contre les changements climatiques.

Le pari de Bloomberg est périlleux, mais au fond, il reflète simplement à quel point l’est, surtout, celui du Parti démocrate au grand complet.

Les démocrates ne devraient pas, à l’heure actuelle, être en train de chercher activement un plan B, C ou même D pour vaincre un président affaibli. Et pourtant, aussi insupportable que ça puisse nous paraître tant les enjeux sont élevés, ils en sont là.

Intentions de vote chez les démocrates

Joe Biden : 31 %
Bernie Sanders : 20 %
Elizabeth Warren : 18 %
Pete Buttigieg : 8 %
Kamala Harris : 6 %
Michael Bloomberg : 4 %

Source : Sondage Morning Consult/Politico effectué le 8 novembre auprès de 2225 électeurs démocrates potentiels dans le cadre de la course au leadership du parti.