La campagne se termine, et c’est à vous de décider quel parti mérite votre vote.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Comme le veut la tradition, en ce jour de scrutin, les médias évitent de donner leur opinion. Il n’y aura pas d’analyse critique des programmes aujourd’hui. Seulement un petit encouragement à aller voter.

On ne le dit pas pour vous faire la leçon. Voter est un droit. C’est aussi, pourrait-on soutenir, une responsabilité. Mais ce n’est assurément pas une obligation. Nous nous sommes déjà prononcés contre le vote obligatoire, qui existe dans une trentaine de pays.

Ne pas voter est donc aussi un droit. C’est le choix que fait en moyenne le tiers des électeurs. On ne leur fera pas la morale.

On ne leur dira pas que, selon la formule convenue, leurs ancêtres « se sont battus à la guerre » pour protéger le droit de vote. On ne les culpabilisera pas non plus en rappelant que dans d’autres pays, des gens risquent leur vie pour pouvoir voter. Et de toute façon, la démocratie ne se résume pas au petit bulletin qu’on glisse tous les quatre ans dans l’urne. Il est possible de faire de la politique par d’autres moyens, comme en manifestant.

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Notre appel au vote sera plus modeste. Il s’appuie sur deux constats.

Le premier : que les partis vous inspirent ou non, que le choix vous paraisse satisfaisant ou non, on ne peut nier que des différences existent entre leurs programmes.

Des électeurs désabusés répondront que ce choix est bien faible… Ils s’abstiendront pour montrer leur rejet des partis, ou même de notre démocratie représentative.

Cela nous mène à notre deuxième constat. Si l’abstention est un message, il ressemble à une bouteille à la mer. Même si un élu de bonne foi voulait écouter ce message, il ne saurait pas quoi en faire, car les abstentionnistes ne donnent pas leurs raisons. Est-ce pour dénoncer le système ? Parce qu’aucun sujet ne les inspire ? Parce qu’ils sont trop à gauche ou à droite ? Ou par simple désintérêt ? Difficile à savoir. Les abstentionnistes ne forment pas un « parti » aux motivations homogènes. D’ailleurs, même si on comptabilisait le vote « blanc » (cocher « aucun de ces choix »), il serait encore ardu de comprendre ce qui motive ce rejet, et ce qui pourrait le renverser.

Si les politologues ont de la difficulté à généraliser au sujet des motivations des abstentionnistes, ils réussissent par contre à nous en donner un portrait socio-économique : de façon générale, ils sont un peu plus jeunes, moins scolarisés et moins riches.

Cette distorsion dans le vote a des conséquences. Quand certaines classes sociales ou certains groupes démographiques boudent les urnes, cela influence  le résultat.

Et à lui seul, le modeste taux de participation a aussi un effet sur le ton des campagnes. Moins les gens votent, plus les partis se rabattent sur leur base et la mobilisent avec des sujets clivants, avec les tensions sociales que cela suppose.

Le droit à l’indifférence existe. À chacun, donc, de choisir si un parti mérite son vote. Par contre, il ne faudrait pas s’illusionner : ceux qui sont élus en profitant de l’abstention n’auront pas intérêt à renverser la tendance. Si l’abstention est un geste de dissidence, il faut reconnaître que dans les dernières décennies, il n’a pas beaucoup ébranlé notre démocratie représentative.