Trop souvent, dans l’univers des musées québécois, qui dit science dit précarité et incertitude. Or, la donne est en train de changer et il importe de le souligner.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

D’abord, un bref rappel du mauvais pas duquel les musées scientifiques devaient être tirés. À la fin de l’année dernière, neuf d’entre eux ont dû demander la charité à Québec. Leurs coffres étaient presque vides.

Or, il y a une dizaine de jours, le gouvernement caquiste a promis de renflouer les coffres de 16 musées scientifiques pour la prochaine année.

Plus important encore, une solution à long terme est évoquée : on voudrait rendre un tel financement annuel récurrent et on évoque la création d’un musée national des sciences et de l’innovation, « éclaté sur l’ensemble du territoire ».

Si, dans le monde muséal au Québec, ça veut dire que science va rimer avec importance, avec valorisation et avec ambition plutôt qu’avec précarité, ce sera là un net progrès !

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Les institutions muséales au Québec ne roulent pas sur l’or, mais les musées scientifiques étaient tout particulièrement marginalisés depuis 2016. Cette année-là, on a décidé que plusieurs d’entre eux ne pouvaient plus bénéficier du Programme d’aide au fonctionnement pour les institutions muséales du ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Que ces musées soient négligés n’était pas étonnant considérant la difficulté pour la science de se tailler une place de choix dans l’espace public au Québec.

C’était tout de même désolant.

Les musées qui mettent la science en valeur sont fondamentalement, à l’instar des autres institutions muséales du Québec, de formidables outils de transmission du savoir et de diffusion de la culture.

Leur apport est d’autant plus crucial que la science nous permet de mieux comprendre un monde de plus en plus complexe et de démêler plus facilement le vrai du faux.

En cette ère du doute – alors que le nombre de personnes convaincues que la Terre est plate est en hausse, par exemple –, qui niera que jeunes et moins jeunes ont tout à gagner à tirer profit de l’existence de ces musées ?

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PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le Cosmodôme de Laval

Quant à l’idée de former un réseau pour regrouper les musées scientifiques, elle mérite assurément d’être explorée.

On ne parle pas ici d’un nouvel établissement tel que l’avait souhaité Fernand Seguin à la fin des années 70, lorsqu’il avait lancé l’idée d’un musée national des sciences et de la technologie pour le Québec. En revanche, la structure évoquée ne serait pas que symbolique.

Le musée national version 2019 peut potentiellement offrir une plus grande notoriété aux institutions qui en feraient partie tout en leur permettant d’accroître leur rayonnement.

La diversité de ces établissements, tant sur le plan de leur vocation que sur le plan de leur situation géographique, est importante. On parle du Cosmodôme et du musée Armand-Frappier à Laval, mais aussi d’Exploramer ou du Bioparc en Gaspésie, en passant par le Musée de l’ingéniosité et l’ASTROLab du Mont-Mégantic en Estrie.

Une richesse remarquable, mais qui peut représenter un obstacle si on veut mettre certaines ressources en commun.

Les responsables des musées qui sont derrière ce projet ont prévu une première rencontre à la fin du mois pour en jeter les bases.

On nous dit que le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, suit de très près ces démarches avec beaucoup d’intérêt. C’est principalement au sein de son ministère que le dossier des musées scientifiques est désormais géré.

Les défis seront nombreux. Le concept demeure abstrait. Et avant de l’étoffer, on devra déterminer qui ferait partie de ce réseau. La société des musées du Québec estime qu’il n’y a pas moins d’une quarantaine d’institutions « à caractère scientifique » dans la province.

À ces défis s’ajoute le fait que la question du financement n’est pas encore réglée pour de bon.

On a décidé de soutenir 16 musées plutôt que 9, mais on est loin d’avoir doublé la somme qu’on leur offre. On est passé de 3 millions l’an dernier à 3,7 millions cette année. Les institutions estiment que leurs besoins ne sont pas pourvus et voudraient que cette aide soit revue à la hausse.

Bref, il y a loin de la coupe aux lèvres. Il est néanmoins réjouissant de constater que les musées scientifiques devenus orphelins – après avoir été largués par le ministère de la Culture – ont un nouveau port d’attache. Et qu’ils peuvent désormais rêver à des projets d’avenir stimulants au lieu de lutter pour leur survie.

Les institutions « à vocation scientifique » soutenues par Québec en 2019-2020

Fossilarium de Notre-Dame-du-Nord (anciennement appelé Centre thématique fossilifère)

Centre de la biodiversité du Québec

Parc Marie-Victorin de Kingsey Falls

Centre d’interprétation des mammifères marins

ASTROLab du Mont-Mégantic

Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier

Bioparc de la Gaspésie

Exploramer

Centre d’interprétation de l’eau

Cosmodôme

Musée Armand-Frappier

Éco-Nature–Parc de la Rivière-des-Mille-Îles

La Cité de l’énergie

Biophare

Zoo Ecomuseum

Zoo sauvage de Saint-Félicien