Il aura suffi d’écouter les témoignages des automobilistes touchés par le « coup d’éclat » des écologistes hier sur le pont Jacques-Cartier pour comprendre que ces militants ont… manqué leur coup.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Leur organisation, Extinction Rebellion, a été fondée l’an dernier parce que les gouvernements ne prennent pas assez au sérieux l’urgence climatique. Les gestes spectaculaires faits ces jours-ci dans plusieurs grandes villes du monde visent à dénoncer l’inaction de nos élus.

Là-dessus, on ne va pas donner tort à ces militants.

On l’a constaté au Québec. Les centaines de milliers de manifestants qui ont participé à la marche pour le climat dans la province le 27 septembre dernier n’ont vraisemblablement pas changé la donne. Pas assez, à tout le moins.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, nous l’a douloureusement rappelé lundi. Il a affirmé que le troisième lien à Québec s’inscrivait dans une logique de développement durable tout en précisant qu’il n’avait pas besoin d’études pour le prouver. Oh qu’il semble loin, à la lumière de telles déclarations, le jour où on verra la couleur du virage vert annoncé par la CAQ !

Cela dit, les militants peuvent à la fois avoir raison et faire fausse route. Si on ne remet en question ni leurs intentions ni leur détermination, le fait est qu’escalader le pont Jacques-Cartier en pleine heure de pointe est contre-productif.

Désolé, mais on voit mal comment ça pourrait les aider à faire passer leur message.

Perturber la circulation et pénaliser les automobilistes (des cyclistes aussi ont été immobilisés, a-t-on appris) n’a rien de rassembleur. Or, ces militants ne vont pas atteindre leurs objectifs s’ils se mettent l’opinion publique à dos.

Ils ne vont pas, non plus, convaincre plus facilement nos politiciens de l’urgence d’agir.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Des manifestants du mouvement Extinction Rebellion ont escaladé le pont Jacques-Cartier, hier, causant une perturbation de la circulation.

Même que s’ils multiplient ces gestes irritants, ils pourraient donner la chance aux élus de redorer leur blason. Ce sont eux qui auront l’air de faire preuve de bon sens et de jugement en déplorant les « méfaits » des militants. C’est ce qu’ils ont fait hier pour la plupart, d’ailleurs.

Les militants veulent à la fois dénoncer et interpeller nos politiciens, mais ils vont plutôt accentuer leur légitimité s’ils continuent sur cette lancée. Le rapport de force pourrait s’inverser.

Le processus est même en train de se mettre en branle. Ceux qui se retrouvaient sur la défensive hier n’étaient pas ceux qui refusent d’assumer la responsabilité des changements climatiques, mais les militants. Ce sont eux qui avaient mauvaise réputation. Si cette tendance se maintenait, ce serait un revirement consternant.

Ça ne veut pas dire que l’objectif des militants d’Extinction Rebellion n’est pas valable, mais ils auraient tout avantage à réfléchir aux moyens par lesquels ils pensent pouvoir l’atteindre. On peut frapper les esprits sans pousser à bout ses concitoyens.

D’un autre côté, les gouvernements des États où ce mouvement est en train de prendre de l’ampleur ne devraient surtout pas se frotter les mains. Ils sont plutôt mûrs pour une bonne séance d’introspection.

Les élus nous font trop souvent penser à des passagers, sur le pont du Titanic, en train de revoir la disposition des chaises alors que leur paquebot est en train de faire naufrage.

Ils ne pourront pas éternellement continuer de se défiler. Le cas échéant, leur immobilisme va forcément continuer d’alimenter l’insatisfaction, la grogne et la frustration. Car si une chose est sûre, c’est que le temps presse.