Comment réagir à une bonne initiative qui arrive avec un impressionnant retard ? Qui ne fait que confirmer le ridicule des excuses utilisées pour n’avoir rien fait pendant si longtemps ? On l’applaudit au ralenti en secouant la tête avec incrédulité.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

C’est donc avec tous les bémols imaginables que nous félicitons Justin Trudeau de promettre maintenant d’enfin mettre fin à l’aplaventrisme canadien face aux géants du web.

La fin de semaine dernière, le Parti libéral a annoncé qu’il exigerait un impôt de 3 % sur les revenus des géants du web. Le Canada imiterait ainsi la France, qui a adopté cette mesure élémentaire il y a quelques mois. Il cesserait aussi d’offrir un cadeau à ces milliardaires en exigeant qu’ils perçoivent désormais la taxe de vente. Comme le font déjà nos commerçants.

PHOTO LIONEL BONAVENTURE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Parti libéral a annoncé qu’il exigerait un impôt de 3 % sur les revenus des géants du web.

Il a pourtant fallu plus de quatre ans aux libéraux pour demander ce minimum. « Bravo » est donc un mot trop fort pour réagir à cette annonce. Disons plutôt « enfin ».

Remettons les choses en perspective. On ne peut pas dire que le Canada sévirait contre les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Il ne ferait qu’exiger d’elles un impôt minimal. Qu’elles se moquent un peu moins du régime fiscal canadien.

Mettez-vous à la place d’un entrepreneur canadien qui paye ses impôts (taux de 15 % au fédéral pour les grandes sociétés) et qui perçoit les taxes de vente : son pays cautionne la concurrence déloyale. Et il le faisait pour des géants qui marchandent les données personnelles, délocalisent leurs profits et vampirisent le travail des artistes et des médias, le tout en créant peu d’emplois pour leur taille. Voilà qui le Canada favorisait.

Cette dérive a commencé sous Stephen Harper qui avait déformé le débat de façon démagogique. Selon lui, si le Canada appliquait son régime fiscal à Netflix, ce serait une « taxe » pour les consommateurs. Pourtant, il n’y a jamais eu de projet de taxe spéciale ! Seulement la demande minimale de soumettre Netflix aux mêmes règles que les autres. Ce n’était donc pas la « taxe Netflix », c’était plutôt la « punition » à Bell, Vidéotron et les autres.

Justin Trudeau avait bêtement repris ce discours. Son ministre des Finances, Bill Morneau, avait été encore moins courageux — il a envoyé au front sa collègue Mélanie Joly pour défendre l’indéfendable.

Cette triste ère semble enfin finie. Selon l’engagement de M. Trudeau, les GAFA devraient payer un impôt minimal et percevoir la taxe de vente fédérale (tout comme ils doivent le faire au Québec avec la TVQ). Le Canada imiterait la France en agissant sans attendre une décision commune du G7 et de l’OCDE, qui avancent avec leur lenteur habituelle. Le chef conservateur Andrew Scheer laisse aussi entendre qu’il exigera plus des GAFA — son engagement sera annoncé plus tard durant la campagne.

Avec un peu de chance, d’autres se joindront à eux pour créer un réel mouvement et riposter aux menaces du président Trump, qui défend les intérêts des géants américains.

Voilà où nous en sommes. Ce n’est peut-être qu’un minimum, mais c’est un début. Au moins, on avance enfin dans la bonne direction.