L’Unité permanente anticorruption (UPAC) traverse une énième crise de confiance, mais cette fois, elle n’en est pas responsable. C’est la faute des élus. Plus particulièrement du gouvernement caquiste et de l’opposition péquiste et solidaire. Depuis des années, ces trois partis jurent avoir la recette miracle pour bétonner l’indépendance de l’UPAC. La solution, c’était eux ! Ils exigeaient que les députés choisissent eux-mêmes le nouveau commissaire de l’UPAC, par un vote des deux tiers de l’Assemblée nationale.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Ils ont réussi à le faire et on constate maintenant les dégâts. L’identité du candidat choisi par le gouvernement, Frédérick Gaudreau, a été coulé dans les médias mardi. Et les péquistes et solidaires se sont immédiatement opposés à lui, avant même de l’avoir rencontré – ils voudraient que le commissaire soit un civil et non un policier.

On se retrouve face à deux possibilités. Soit que M. Gaudreau est nommé malgré tout, et débute son mandat avec un vote de désaveu de deux partis politiques. Soit qu’il n’est pas nommé, et en subit l’humiliation. Dans les deux cas, l’UPAC perdra encore un peu plus la confiance du public.

L’ironie, c’est que ces élus se disent inquiets pour la réputation de l’UPAC. Ils devraient tout simplement s’inquiéter de leur travail… Nos prétendus pompiers ont les mains qui puent l’essence.

Il est vrai que le gouvernement Charest est à l’origine du problème. En 2011, il créait l’UPAC pour faire oublier son refus obstiné de déclencher une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Grâce au bon travail à l’époque de l’opposition, la commission Charbonneau avait fini par voir le jour.

Or, nos élus ont oublié de lire le rapport de cette commission. Dans ses recommandations, la juge Charbonneau exposait les vices de l’UPAC : le commissaire était nommé par le gouvernement lui-même, son mandat était renouvelable et il pouvait être destitué n’importe quand. 

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

L’Unité permanente anticorruption « peut enquêter sur tous les élus, dont ceux de l’opposition » et « se rapporte aux procureurs qui déposent les accusations criminelles », écrit notre éditorialiste Paul Journet.

Le commissaire enquêtait ainsi sur le gouvernement en même temps qu’il lui demandait de renouveler son mandat, et tout en étant assis sur un siège éjectable ! Le conflit d’intérêts était évident.

La commission Charbonneau a donc recommandé de changer le mode de nomination du patron de l’UPAC pour le calquer sur celui du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Ses deux propositions : qu’un comité indépendant d’experts dresse une liste courte de candidats, à partir de laquelle le gouvernement choisirait. Et que le mandat du nouveau patron soit non renouvelable. C’est ce qui a été fait avec la loi 107, adoptée en février 2018.

Il y a une raison pour laquelle Mme Charbonneau ne recommandait pas que le patron de l’UPAC soit nommé par un vote des deux tiers de l’Assemblée nationale, comme c’est le cas par exemple pour le Vérificateur général et le Protecteur du citoyen. Le Vérificateur général surveille le gouvernement et se rapporte à l’Assemblée nationale. C’est très différent de l’UPAC, qui peut enquêter sur tous les élus, dont ceux de l’opposition, et qui se rapporte aux procureurs qui déposent les accusations criminelles. Bref, l’UPAC relève du système judiciaire et non parlementaire, comme l’a déjà résumé dans nos pages Martine Valois, professeure en droit à l’Université de Montréal. Elle mettait en garde contre cette politisation inutile.

Les caquistes, péquistes et solidaires n’en démordaient pas. Lors de la dernière campagne électorale, ils ont proposé de soumettre le choix du futur patron de l’UPAC à l’Assemblée nationale. En théorie, il n’était pas déraisonnable d’ajouter cette dernière étape de validation. Mais en pratique, il y avait un gros risque, celui d’ouvrir la porte au marchandage en coulisses et aux manœuvres partisanes.

On connaît la suite… Le gouvernement caquiste a changé la loi, l’opposition a obtenu ce pouvoir et elle ne s’en est pas montrée à la hauteur.

Mardi, le cabinet du premier ministre Legault a entamé les discussions confidentielles avec les libéraux, péquistes et solidaires au sujet de la candidature de M. Gaudreau. À peine deux heures plus tard, son nom coulait dans les médias, et les péquistes et solidaires le désavouaient. Ils l’ont rejeté avant même d’avoir entendu les arguments du gouvernement.

Bien sûr, il aurait été intéressant de voir un civil à la tête de l’UPAC. C’était un critère important, mais ce n’était pas le seul. Le gouvernement Legault dit avoir cherché sans succès une candidature civile. Son choix s’est arrêté sur un policier à la feuille de route impeccable. Avant même de le rencontrer, péquistes et solidaires le critiquaient du haut de leur « expertise » en affaires policières. Comme s’ils en savaient plus que le comité de spécialistes. Comme si leur petit doigt était plus fiable qu’un processus indépendant de sélection !

Avec un peu de chance, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault, réussira à nettoyer les dégâts. Elle avait réussi un tel tour de force avec le registre des armes à feu, en réunissant à la même table les chasseurs et le groupe Poly se souvient.

L’opposition devrait bientôt rencontrer malgré tout le candidat retenu par le gouvernement caquiste. « Je m’attends à ce que tout le monde s’élève au-dessus de la partisanerie », a déclaré hier la ministre Guilbeault. Si l’opposition veut vraiment aider l’UPAC, qu’elle écoute les sages paroles de la ministre.