Si on nous annonçait un jour que Boris Johnson est un cousin de la fesse gauche de Donald Trump, on ne serait pas surpris.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Depuis qu’il est premier ministre, il semble vouloir gérer le Royaume-Uni comme le président républicain dirige les États-Unis.

Il suffit de suivre les développements politiques dans le dossier du Brexit depuis quelques jours pour avoir la désolante impression d’être témoin d’un accident de train au ralenti.

Et c’est le premier ministre britannique qui est aux commandes de la locomotive.

Sa décision de proroger le Parlement fut un véritable affront à la démocratie parlementaire.

Mais Boris Johnson ne semble même pas s’être rendu compte que ce geste, qualifié de scandale constitutionnel par les uns et de coup d’État par les autres, était en outre une erreur stratégique majeure.

PHOTO BEN STANSALL, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Le malaise britannique est plus profond que la simple incompétence de Boris Johnson », constate Alexandre Sirois.

L’idée était de suspendre les travaux pendant cinq semaines dans le but de faire sortir son pays de l’Union européenne d’ici le 31 octobre, coûte que coûte. Il pensait ainsi empêcher les élus qui s’opposent à sa décision – une option radicale qui aurait probablement mené à un Brexit sans accord – de lui mettre des bâtons dans les roues.

Mais comme son délire ne repose sur aucune méthode, il n’avait visiblement pas prévu qu’il provoquerait une rébellion au sein de ses propres troupes. La mutinerie fut telle que le Parti conservateur a presque implosé.

On a même vu, mardi, un député de cette formation politique (Phillip Lee) traverser la Chambre des communes pour se joindre à un parti rival alors même que Boris Johnson était en train de s’exprimer. Le même jour, une vingtaine d’autres élus conservateurs ont choisi de défier leur chef et de soutenir un projet de loi visant à permettre le report du Brexit au 31 janvier 2020.

Hier, ce qui devait arriver arriva : le projet de loi a été adopté par une majorité de députés. Par ailleurs, les 21 rebelles conservateurs, dont certains ténors du parti, ont été bannis ; des expulsions qui nuiront forcément à la formation politique lors du prochain scrutin.

L’humiliation sera complète pour Boris Johnson si, au cours des prochains jours, le projet de loi est aussi adopté par la Chambre des Lords. C’est ce qui risque fort de se produire.

Comme Donald Trump, le premier ministre britannique a le sens du spectacle. Il y a longtemps que la politique britannique n’avait pas été si captivante. Mais à quel prix ?

Car Boris Johnson possède vraisemblablement, lui aussi, un côté profondément autodestructeur. Et il n’aime pas, lui non plus, réfléchir trop longtemps aux conséquences de ses actes.

Une autre similitude : il a un faible pour les « faits alternatifs »… Il a récemment dit être en train de faire d’importants progrès dans les négociations avec l’Union européenne, ce qui a été nié par les diplomates européens.

En somme, Boris Johnson est un leader charismatique et flamboyant, mais radioactif. Et il est en train de déséquilibrer encore un peu plus un pays qui avait un urgent besoin de stabilité.

Mais le malaise britannique est plus profond que la simple incompétence de Boris Johnson. Le prolongement des cafouillages dans le dossier du Brexit est également une preuve additionnelle – si tant est qu’il en fallait une – du fait que les démocraties occidentales traversent une bien curieuse phase. Qu’elles préfèrent parfois l’incertitude au statu quo.

Le pays de Winston Churchill et celui d’Abraham Lincoln nous enseignent aussi autre chose. À observer les convulsions qui les agitent, c’est une évidence : les démocraties qui flirtent avec le chaos le font à leurs risques et périls.