Les patients sont priés de patienter. Près d’un an après son élection, le gouvernement Legault n’est pas pressé de s’attaquer aux tarifs prohibitifs de trop de stationnements d’hôpitaux. C’est injuste pour les malades et leurs proches.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« À quand deux heures de stationnement gratuites, 7 $ à 10 $ comme plafond maximum ? », demandait le critique caquiste en matière de santé, François Paradis, à l’Assemblée nationale en mars 2018.

À quand ? D’ici la fin du mandat, en 2022, dit-on aujourd’hui au bureau de la ministre de la Santé, Danielle McCann.

En attendant, des patients et leurs proches continuent à payer le gros prix pour aller à l’hôpital – jusqu’à 24 $ pour 24 heures dans les deux principaux centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal, le CHUM et le CUSM.

Oui, la première demi-heure doit être gratuite, et le tarif maximal peut être facturé seulement à partir de la quatrième heure, stipule le ministère de la Santé. Pour le reste, par contre, les établissements ont beaucoup de latitude. Au CUSM, la facture grimpe à 22 $ au bout d’une heure et demie, soit à peine 2 $ de moins que le maximum.

Pour les patients dont le traitement requiert des visites fréquentes à l’hôpital et pour les proches de personnes hospitalisées, c’est une pression financière qui ajoute au stress de la maladie.

En principe, des aménagements peuvent être offerts à certaines clientèles (aînés, utilisateurs fréquents, personnes à faible revenu ou à mobilité réduite, etc.), mais c’est à la discrétion des hôpitaux. En pratique, ils ont plutôt tendance à proposer des laissez-passer de longue durée à meilleur prix, mais comme les séjours sont difficiles à prévoir, il n’est pas rare que des visiteurs tardent à s’en prévaloir ou en achètent de trop longs qui ne sont pas remboursables.

Les stationnements d’établissements de santé doivent s’autofinancer. Sauf qu’ils font bien plus que ça. Ces espaces (hôpitaux, CLSC et CHSLD) ont engrangé plus de 45 millions de surplus l’an dernier, a calculé l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP). Trois établissements de la région de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, CISSS de Laval, CISSS de Lanaudière) ont même dégagé plus de 4,6 millions chacun.

Ces surplus resteront dans le réseau de la santé, c’est vrai. Mais il faut voir à quelles fins. Si l’établissement accuse un déficit, ces fonds devront servir à l’éponger. Autrement, ils devront être alloués en priorité à des projets immobiliers, puis à des équipements.

C’est bien joli, mais pourquoi ceux qui n’ont pas le choix de se rendre à l’hôpital en voiture financeraient-ils des dépenses qui devraient être assumées par l’ensemble des contribuables ?

Les surplus réalisés par des tarifs prohibitifs sont une véritable taxe sur la maladie, la mobilité réduite et le lieu de résidence. C’est injuste.

L’AQRP n’est pas la première à dénoncer la situation. Le Protecteur du citoyen s’est inquiété à au moins deux reprises de ces frais qui « peuvent représenter un obstacle indirect aux soins et aux services ». Même les libéraux, après quatre ans à faire la sourde oreille, avaient promis de plafonner les tarifs à 7 $ en fin de campagne électorale.

La ministre McCann a interdit toute augmentation depuis le 1er janvier. C’est un début, mais la CAQ ne se serait jamais contentée de ça dans l’opposition.

Le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ) avait pris une position beaucoup plus radicale il y a quelques années, exigeant rien de moins que la gratuité. Nous n’en demandons pas tant au gouvernement Legault – seulement de ne pas attendre à la fin de son mandat pour réaliser sa promesse. Évidemment, il y aura un manque à gagner à compenser à même le budget de l’État. Mais cette pilule passera certainement mieux que celle que trop de stationnements d’hôpitaux nous font actuellement avaler.