Même si la Banque du Canada maintient son taux directeur demain, elle ne cachera pas ses inquiétudes. Avec raison. La guerre commerciale du président américain Donald Trump contre la Chine jette une douche froide sur l’économie, au point de raviver les craintes de récession. Ce serait vraiment trop bête !

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Désolé, c’est la façon dont je négocie. Ça m’a très bien réussi, et ça fonctionne encore mieux pour le pays », a déclaré le président Trump à la clôture du G7, la semaine dernière à Biarritz.

Pour l’instant, la succession étourdissante de menaces, de flatteries et de revirements qui caractérise sa guerre tarifaire avec la Chine a surtout réussi à créer un climat d’incertitude, peu propice à l’expansion.

Si la confiance des consommateurs américains demeure, les marchés envisagent les choses autrement. On a vu l’inversion de la courbe de rendement des obligations, où le rendement des obligations à plus long terme est passé sous celui des obligations à court terme, un phénomène qui a souvent précédé une récession. On a aussi vu la nervosité des Bourses, dont les indices ont réagi aux volte-face du président américain par une trajectoire en montagnes russes.

C’est qu’en l’absence de prévisibilité, les entreprises hésitent à lancer les projets et à réaliser les investissements qui assureront leur croissance future.

Or, le seul aspect prévisible de cette histoire, c’est qu’elle est partie pour durer.

Et ses effets sur l’économie américaine ne peuvent laisser quiconque indifférent. Les États-Unis sont le plus gros client des exportations canadiennes. S’ils s’enrhument, on devra sortir la boîte de mouchoirs.

En Allemagne, c’est une autre source d’incertitude, le Brexit, qui a plombé les exportations au Royaume-Uni, et fait reculer le produit intérieur brut (PIB) de 0,1 % au dernier trimestre. Si le trimestre en cours s’avère lui aussi négatif, le pays se retrouvera techniquement en récession. Ce n’est pas certain, car la crainte d’une sortie de l’Union européenne sans accord pourrait inciter les entreprises britanniques à augmenter leurs commandes en Allemagne pour parer à toute éventualité, comme elles l’ont déjà fait. Mais savoir que le moteur industriel de l’Europe a ainsi un pied dans la récession n’a rien de rassurant.

Le contexte avec lequel la Banque du Canada doit composer est autrement plus favorable. Le PIB est en croissance, et l’indice des prix à la consommation a augmenté plus que prévu. Une baisse du taux directeur demain serait donc étonnante – d’autant que les banques centrales n’ont pas l’habitude de prendre les marchés par surprise. Le gouverneur Stephen Poloz l’a fait en janvier 2015 et se l’est fait reprocher.

Il faudra cependant voir les indices qu’il donnera, dans sa note explicative, au sujet de sa prochaine annonce de taux directeur, le 30 octobre. Car la crainte d’un retour en récession, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, n’est pas près de se dissiper.

Par contre, la conséquence la plus redoutée d’une récession, le chômage, pourrait ne pas se faire sentir aussi durement en ces temps de pénurie de main-d’œuvre, note Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins. « Tant que les gens ne perdent pas leur emploi de façon massive, c’est difficile de dire que ça va mal parce qu’on est en récession », souligne-t-il.

La période actuelle est déjà atypique puisqu’il s’agit de la plus longue croissance jamais enregistrée aux États-Unis. L’administration Trump va-t-elle précipiter sa fin, à coups de mesures protectionnistes intempestives ? Si jamais on en arrive là, il faut souhaiter que cette récession-là soit tout aussi atypique et fasse moins mal qu’on pourrait le craindre.