Un péage pour le troisième lien entre Québec et sa Rive-Sud ? C’est un peu à contrecœur que le gouvernement Legault envisage maintenant cette possibilité. Pourtant, même si le fédéral acceptait de financer une part importante du projet, l’idée se défendrait, car ce coûteux tunnel serait un ajout net au réseau routier.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a surpris tout le monde la semaine dernière en avouant que le péage faisait maintenant partie des scénarios à l’étude.

Pour compenser une éventuelle absence du gouvernement fédéral, qui n’a exprimé aucun enthousiasme jusqu’ici ? Non, seulement pour considérer toutes les options, assure-t-on au bureau du premier ministre, en soulignant que ce n’est pas la solution privilégiée.

Les expériences vécues ailleurs en font foi : l’ajout de capacité routière incite au développement, ce qui augmente l’afflux de véhicules et se traduit, à moyen terme, par un retour à la case bouchon. C’est pourquoi ce projet de troisième lien a été maintes fois critiqué dans nos pages.

Mais puisque le gouvernement Legault a choisi cette voie, il faut bien s’interroger sur la façon d’y arriver. Et le péage ne peut pas être exclu de l’équation.

Le point de comparaison n’est pas le pont Samuel-De Champlain, qui a remplacé un équipement existant, mais le pont de l’autoroute 25, une infrastructure qui est venue s’ajouter au réseau routier. Imposer un péage sur le pont Samuel-De Champlain aurait eu pour effet de réduire le nombre d’accès sans frais et, donc, l’offre aux conducteurs. L’autoroute 25, à l’inverse, leur a offert un choix additionnel moyennant paiement. (On aura compris qu’il n’est pas question ici de la gestion de ce péage, qui a suscité son lot de critiques, mais du principe.)

Le troisième lien serait une toute nouvelle infrastructure. Et pas une petite affaire : le coût de ce tunnel, qui reste à préciser, avait été estimé à quatre milliards il y a déjà trois ans.

Pourquoi mettrait-on cette option additionnelle entièrement financée par des fonds publics à la disposition de la région de Québec sans exiger la moindre contribution des utilisateurs ? Ou si vous préférez : pourquoi pas ?

Parce qu’il existe bien d’autres besoins d’entretien et de réparation criants sur le réseau routier.

Des besoins moins vendeurs, dont les travaux ne permettront pas aux élus de couper de jolis rubans et susciteront même la grogne des conducteurs forcés de ralentir. Mais des besoins pressants, parfois même vitaux, qui ne répondent pas seulement au désir d’un trajet plus confortable, mais à la nécessité d’éviter des accidents.

Le Québec, on le sait, traîne un lourd déficit d’entretien. Le gouvernement Legault a clairement montré son intention de s’y attaquer dans son premier budget, mais on en a pour des années à pelleter ainsi de l’argent par en arrière. Est-ce bien le moment de créer de nouveaux axes qui viendront bientôt grossir la facture d’entretien ?

Le Québec est loin d’être un cas unique. Mais dans d’autres régions du monde, notamment aux États-Unis, on commence à réfléchir selon une logique du « commence donc par réparer » (fix-it-first). Il ne devrait pas y avoir de nouvelles routes financées par des fonds fédéraux sans tarification, a ainsi recommandé la Brookings Institution en 2011.

Le président Obama, sans pousser aussi loin, a fait l’éloge du fix-it-first dans son discours sur l’état de l’Union en 2013. Depuis, l’idée fait son chemin. Le département des Transports de la Californie a publié cet été une rafale de communiqués vantant les 994 millions alloués à une cinquantaine de projets fix-it-first depuis deux ans.

Au Québec, la majorité des répondants à un sondage Léger- Le Journal-LCN réalisé à la mi-août ont indiqué que le gouvernement devrait plutôt investir l’argent du tunnel dans la réfection des routes existantes – y compris dans la région de la capitale.

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Stephen Harper, on s’en souvient, tenait mordicus à un péage sur le pont Champlain. Andrew Scheer voit les choses autrement pour le troisième lien. Un gouvernement conservateur aurait pour objectif de conclure une entente de financement avec Québec dans un premier mandat, sans péage, indique-t-on à son bureau. Les libéraux, eux, ne se sont engagés à rien jusqu’ici.

Peu importe qui formera le prochain gouvernement à Ottawa, l’option du péage devrait être sérieusement envisagée à Québec. Oui, ça dissuaderait une partie des conducteurs d’emprunter ce troisième lien. Mais justement, ça permettrait peut-être d’éviter qu’il devienne aussi congestionné que les deux autres.