Jean-François Roberge a été jusqu’ici, globalement, un ministre de l’Éducation inspirant et dynamique. La réussite des jeunes Québécois est au cœur de ses priorités, et ça paraît.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ce constat rend d’autant plus désolante la façon dont il avance à tâtons dans le dossier de la maternelle 4 ans.

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Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

La semaine dernière, en marge de l’étude détaillée du projet de loi à ce sujet, la péquiste Véronique Hivon a trouvé le mot juste pour qualifier l’approche de Québec : improvisation.

Le Ministère tente de gérer la création de quelques milliers de nouvelles classes (un peu moins de 2000 au cours des quatre prochaines années, estime-t-on désormais à Québec), mais n’a visiblement pas encore assez bien planifié cet ambitieux projet.

La preuve ultime, c’est qu’on n’a pas encore été en mesure de produire le « plan de développement et de complémentarité » que les partis de l’opposition réclament depuis plusieurs mois.

Ce plan devrait pourtant être le socle sur lequel repose la démarche en cours.

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La CAQ a décidé, rappelons-le, de ne pas implanter uniquement des garderies en milieu défavorisé. En soi, ce n’est pas une hérésie. C’est une très bonne idée, en fait. Le ministre Roberge a absolument raison de dire que des élèves vulnérables, il y en a aussi dans les secteurs plus aisés.

En revanche, le Ministère aurait dû d’entrée de jeu répertorier les besoins dans la province pour les enfants de 0 à 4 ans et réfléchir à la façon la plus appropriée de les combler.

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« La péquiste Véronique Hivon a trouvé le mot juste pour qualifier l’approche de Québec : improvisation », écrit notre éditorialiste.

Dans certains cas, ouvrir rapidement plusieurs classes de maternelle 4 ans pourrait être la meilleure des solutions. Mais sur d’autres territoires, ce sera plutôt sur la création de places dans les centres de la petite enfance (CPE) – ce sont les services de garde où la qualité est le plus souvent au rendez-vous, des chercheurs l’ont démontré – qu’il faudra miser en priorité. Et des places en CPE, il en manque encore des milliers. On retrouve actuellement 42 000 noms sur la liste d’attente d’un bout à l’autre de la province.

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Il ne s’agit surtout pas ici de diaboliser la démarche du Ministère dans ce dossier crucial. L’important est qu’il puisse l’adapter pour qu’elle cadre avec ses objectifs.

L’idée maîtresse, comme l’a expliqué publiquement le ministre la semaine dernière, est d’investir dans du préscolaire de qualité. En ce sens, éviter qu’un milieu (celui de la maternelle 4 ans) en cannibalise un autre (celui des CPE) est évidemment fondamental. D’où l’importance de valoriser la complémentarité. D’autant plus que si l’empathie manifestée à l’égard des jeunes vulnérables peut être infinie, les sommes disponibles, elles, ne le sont pas.

Imaginez : le ministre a même été forcé d’admettre, la semaine dernière, qu’il ne savait pas d’où proviennent les enfants qui s’inscrivent dans les maternelles 4 ans au Québec.

Il a dit croire « qu’il y en a beaucoup qui n’étaient dans aucun réseau », mais a expliqué devant les journalistes qu’on ne lui a fourni aucune donnée qui viendrait confirmer cette théorie.

Il a par la suite promis que ces données seront colligées et diffusées sous peu. Tant mieux. Mais pourquoi diable n’y a-t-on pas pensé avant ?

Signalons par ailleurs, au sujet de la complémentarité, que le ministre a dit oui à une solution de compromis : on mentionnera dans la loi l’importance de la « cohérence » entre les services de garde éducatifs et la maternelle 4 ans.

C’est un pas dans la bonne direction. Osons espérer qu’on a vraiment compris, à Québec, à quel point cette cohérence est essentielle si l’on souhaite s’assurer que davantage de jeunes arrivent à l’école mieux préparés.

Une vision globale des services offerts est indispensable. C’est en cherchant à atteindre un point d’équilibre entre l’offre de services de garde de qualité et l’ouverture de classes de maternelle 4 ans que Québec risque fort d’avoir le plus grand impact sur la réussite éducative.

La maternelle 4 ans en chiffres

2600 : nombre de classes nécessaires pour offrir le service à tous ceux qui souhaitent en profiter. 644 : nombre de classes ouvertes dès la rentrée. 700 : locaux qui seraient déjà disponibles pour accueillir des classes. 1256 : nombre de classes qui devront être construites.