Voitures électriques, Réseau express métropolitain, tramway de Québec : quand on parle d’électrification pour réduire nos émissions de GES, on pense immédiatement aux transports. Mais il faut aussi commencer à discuter d’écoles, d’hôpitaux et de centres commerciaux… électriques.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Au royaume de l’hydroélectricité, les bâtiments commerciaux et institutionnels du Québec émettent en effet trop – et de plus en plus ! – de carbone dans l’atmosphère. Il faut réfléchir à la façon de renverser cette tendance.

Le Québec s’était engagé à réduire ses émissions de GES de 20 % en 2020 par rapport aux niveaux de 1990. Nous raterons largement cette cible. Les derniers chiffres, qui datent de 2016, montrent une réduction de 9,1 %.

La nouvelle cible est maintenant une réduction 37,5 % en 2030. Si on veut l’atteindre, le premier secteur auquel s’attaquer est évident : le transport routier. Les émissions de nos voitures et camions ont explosé de 52 % depuis 1990 et comptent maintenant pour 34 % du bilan total. Impossible d’atteindre nos cibles sans ce gros morceau.

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« Entre 1990 et 2016, le chauffage électrique s’est répandu de façon massive dans les maisons des Québécois », rappelle Philippe Mercure.

Mais le Québec doit aussi aller chercher des gains ailleurs. Et un coup d’œil aux chiffres montre une piste intéressante. Entre 1990 et 2016, le chauffage électrique s’est répandu de façon massive dans les maisons des Québécois, remplaçant les appareils au mazout. Résultat : les émissions du secteur résidentiel ont chuté de 45 %, une amélioration spectaculaire.

Pendant ce temps, le secteur commercial et institutionnel voyait ses émissions bondir de 10 %. Aujourd’hui, alors que l’électricité fournit 80 % des besoins en énergie de nos maisons, elle ne compte que pour 58 % de ceux de nos écoles (du primaire à l’université), 46 % de ceux de nos hôpitaux et 57 % de ceux de l’ensemble des bâtiments institutionnels et commerciaux. Le reste provient de la combustion de gaz naturel, de mazout, de propane ou de kérosène – des sources qui émettent des GES.

Le virage électrique qui a balayé nos maisons doit donc gagner au moins une partie de nos commerces, tours de bureaux et bibliothèques.

La bonne nouvelle est que François Legault l’a compris. Lors du congrès général de la CAQ, en mai dernier, le premier ministre a affirmé vouloir « électrifier le Québec » en mentionnant explicitement les bâtiments dans l’équation. Il a promis que tous les nouveaux bâtiments gouvernementaux seraient chauffés et climatisés à l’énergie propre à partir de 2020.

Cette vision est à saluer. Mais les détails du plan qui l’articulera, attendus pour 2020, seront cruciaux. Il existe un monde entre les bonnes intentions et l’action, particulièrement en environnement. En 2017, par exemple, Hydro-Québec a présenté un plan pour inciter les propriétaires de PME, de commerces et d’immeubles d’habitation à troquer leurs chaudières au mazout contre l’électricité. La société d’État était prête à investir 50 millions pour les aider à convertir leurs systèmes, comptant se repayer à même les ventes d’électricité générées.

Mais la Régie de l’énergie a fermé la porte à Hydro-Québec, affirmant que cette dernière n’avait pas fait la preuve de la rentabilité de son programme. Des pertes, a plaidé la Régie, risqueraient de faire grimper les tarifs d’électricité des Québécois. Est-ce Hydro-Québec qui a mal vendu sa salade ? Ou la Régie qui s’est montrée intransigeante ? Peu importe. L’abandon de ce programme est à déplorer.

Hydro-Québec, qui affirme encore croire à la rentabilité de son programme, a une belle occasion de se reprendre.

Le projet de loi 34 proposé par le gouvernement Legault, s’il est adopté, permettrait à la société d’État d’aller de l’avant sans l’approbation de la Régie de l’énergie et arrimerait la hausse des tarifs d’électricité à l’inflation.

Le mazout ne compte toutefois que pour moins de 3,5 % de la consommation énergétique du secteur institutionnel et commercial. Si on veut réaliser des gains plus larges, il faudra aussi s’attaquer au gaz naturel. Le développement de technologies qui permettent de chauffer et de climatiser de grands bâtiments à bas coût sans émettre de GES doit être encouragé. On peut même espérer développer une expertise qui pourrait être revendue ailleurs, quand nos voisins voudront convertir leurs propres bâtiments à l’énergie verte (qu’on pourrait d’ailleurs leur vendre !). Polytechnique Montréal, en collaboration avec Hydro-Québec, développe par exemple une technique de géothermie qui pourrait représenter une partie de la solution.

L’électrification des grands bâtiments viendra avec des défis. L’un d’eux est qu’Hydro-Québec doit planifier l’ensemble de son réseau pour répondre au pic de la demande des froides journées d’hiver.

Le nombre de bâtiments chauffés à l’électricité fera augmenter ce pic, mettant de la pression sur tout le réseau. Mais des solutions comme la tarification dynamique et le contrôle à distance de certains appareils sont en train d’être développées pour adoucir cette pointe.

Les possibilités de réduction des GES au Québec sont limitées. Si le Québec est sérieux dans son désir d’atteindre ses cibles, il a le devoir d’examiner l’électrification de son parc de bâtiments.