Cette bouteille de vin que vous déposez religieusement dans un bac ou un sac lors de la collecte des matières recyclables ? Vous perdiez pratiquement votre temps à le faire hier, ce n’est guère mieux aujourd’hui et ça ne changera pas à l’avenir si nos élus à Québec n’arrêtent pas très bientôt de tergiverser.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

On semble avoir franchi un cap cette semaine. Dans le cadre d’une commission parlementaire sur « les enjeux de recyclage et de valorisation locale du verre », la Société des alcools du Québec a (enfin !) changé son fusil d’épaule.

Elle est maintenant favorable à la consigne pour les bouteilles de vin au Québec. On va saluer ce revirement, bien sûr. Mais on va se garder d’applaudir à tout rompre.

Premièrement, parce que le gouvernement ne s’est pas encore prononcé de façon officielle sur un élargissement de la consigne. Deuxièmement, parce que cette conversion de la SAQ (qui n’est d’ailleurs que partielle, puisqu’elle ne veut rien savoir de prendre en charge la récupération des bouteilles) survient tellement tard que cela en est gênant pour la société d’État.

Gênant d’avoir laissé le verre s’accumuler pendant de trop nombreuses années dans les sites d’enfouissement ; on sait que c’est, hélas, ce qui arrive à la majorité du verre qui est destiné au recyclage ! Et il y en a des tonnes : la SAQ vend quelque 200 millions de bouteilles chaque année.

PHOTO CARLA GOTTGENS, ARCHIVES BLOOMBERG

Selon un récent sondage SOM, plus de 90 % des Québécois disent être favorables à l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin.

Gênant, aussi, d’avoir boudé la consigne alors que nous étions quasiment les seuls à résister ; au Canada, il n’y a que le Manitoba qui est aussi sur cette liste noire. Pourtant, bon nombre d’exemples au pays et ailleurs dans le monde ont démontré l’efficacité d’une telle mesure. La vérité, il faut en témoigner, c’est que le Québec est un cancre et qu’on n’a jusqu’ici jamais déployé les efforts nécessaires pour se débarrasser de ce bonnet d’âne.

N’allez pas croire que le virage à 180 degrés de la SAQ signifie que la question est désormais réglée. S’il y a un dossier qui nous a prouvé ces dernières années que ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini, c’est bien celui-là.

Combien de fois a-t-on préféré investir dans la modernisation des centres de tri plutôt que d’imposer une consigne sur les bouteilles de vin ? En vain…

Dans ce dossier, « quand on avance d’un pas, on recule de deux », a résumé lors d’une entrevue Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. Cela fait, nous confiait-il, plus de 20 ans qu’il plaide pour l’imposition d’une consigne sur les bouteilles de vin. PLUS DE 20 ANS !

Il l’a réclamée de façon formelle une première fois au milieu des années 90 lors d’audiences provinciales sur la gestion des matières résiduelles au Québec. C’est dire tout le temps qui a été perdu. Des années meublées par diverses études et projets-pilotes qui n’auront servi, on s’en rend bien compte, qu’à gagner du temps.

Les ratés du système sont tels que malgré les millions investis, le verre du Québec demeure contaminé et sa piètre qualité le rend très difficile à recycler.

Même que la seule fonderie de verre de la province doit encore s’approvisionner en Ontario et au Nouveau-Brunswick, soulignait cette semaine dans nos pages le journaliste Jean-Thomas Léveillé. C’est le comble !

Message à nos élus : la folie, dit-on, consiste à refaire sans cesse la même chose, mais en espérant un résultat différent. Recycler les mêmes recettes ne fonctionnera pas. Et auprès du public, ça ne passera pas. Une large majorité de Québécois – plus de 90 %, selon un récent sondage SOM – disent être favorables à l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin.

La gestion du verre est un fiasco au Québec et ne pas y avoir déjà remédié est embarrassant. Si on privilégiait encore une fois le statu quo, à l’issue des audiences tenues à l’Assemblée nationale, ce ne serait plus de l’entêtement, ce serait de l’aveuglement. Et ce ne serait plus seulement gênant, mais carrément lamentable.