Désolé, Monsieur Trump, ce n’est pas « un acte de lâcheté ». Le présumé terroriste qui a ciblé la clientèle en vaste majorité hispanophone d’un Walmart, samedi à El Paso, au Texas, semble plus motivé par la haine et un sentiment de supériorité de sa race que par la lâcheté.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Si on cherche des gestes lâches commis aux États-Unis, disons depuis 2012, tournons-nous du côté des élus à Washington. L’année du drame de Sandy Hook, tout le monde croyait qu’après la mort de 28 personnes dans une école primaire – dont 20 enfants –, le débat sur le contrôle des armes allait progresser.

Or, depuis ce sombre jour, chaque fois, des élus ont bloqué l’adoption de nouvelles lois, même si la majorité de la population américaine souhaite des changements.

Il fallait voir à CNN le sénateur républicain Rick Santorum, hier, s’opposer aux réformes « hâtives », car, disait-il, les règles de contrôle des armes ne pourront jamais empêcher des criminels de tuer. « Ce sont des méchants qui ne sont pas respectueux des lois », a dit l’ex-candidat à la course présidentielle en répétant qu’il ne fallait pas « politiser » ces tueries.

Des chiffres et une image

Avec la double tragédie de Dayton, en Ohio, et d’El Paso, ce week-end, le nombre de tueries aux États-Unis vient de grimper à 251 en 2019, soit davantage que de jours de l’année. Selon Gun Violence Archive, la catégorie « tuerie de masse » regroupe celles qui se produisent dans l’espace public et font quatre victimes et plus. Leur bilan serait de 520 morts et au moins 2000 blessés, cette année.

On dit qu’une image vaut mille mots (ou mille chiffres). Le site The Trace, spécialisé dans la violence armée, a créé une carte illustrant quelque 150 000 tueries survenues aux États-Unis depuis cinq ans. En observant la multitude de points jaunes et rouges qui illuminent le territoire, avec des concentrations dans les centres urbains et sur les deux côtes du pays, on a l’impression de regarder la cartographie de la circulation aérienne au-dessus du continent nord-américain !

Les bons et les méchants

Depuis longtemps, deux cancers rongent parallèlement la société américaine : celui des armes et celui de la suprématie blanche. Et les élus à Washington s’obstinent à refuser un traitement.

D’abord, les armes à feu. Bon an, mal an, la National Rifle Association (NRA) et des politiciens contre le contrôle des armes sortent de leur manche le deuxième amendement de la Constitution : le droit des citoyens de porter une arme pour se défendre. Avec une rhétorique qui peut se résumer ainsi : la « bonne personne » avec un fusil va empêcher la « mauvaise personne » de faire du mal avec son arme.

Aucune preuve ne vient appuyer cette affirmation. Ça tient de la pensée magique. 

Au contraire, le FBI a analysé 160 tueries qui ont eu lieu entre 2000 et 2013. Parmi elles, une seule a été arrêtée par un détenteur d’arme légale… alors que 21 citoyens non armés ont empêché un carnage.

Les récentes tueries comme à Las Vegas et dans un bar gai à Orlando nous montrent que les meurtriers sont désormais préparés pour orchestrer un massacre ! Avec des semi-automatiques, des chargeurs sophistiqués, des tas de munitions, etc. Dans la nuit de samedi à dimanche en Ohio, le tueur a fait 9 morts et une trentaine de blessés en moins… d’une minute !

Le terrorisme blanc

Un autre cancer ronge l’Amérique de l’intérieur, celui du terrorisme maison, exercé souvent par des jeunes hommes blancs et sociopathes qui se radicalisent par eux-mêmes. Mais ils ne sont plus « des loups solitaires » ; ils évoluent dans un climat social et politique extrêmement malsain qui nourrit leur démence idéologique.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain pointe l’ennemi comme une menace extérieure, islamiste et anti-américaine. Pendant ce temps, il laisse faire une frange d’extrémistes blancs à l’intérieur. Le phénomène existait déjà – le pire exemple étant Timothy McVeigh et l’attentat à Oklahoma City, en 1995 –, mais après le 11-Septembre, les autorités l’ont négligé.

On sait peu de choses du jeune auteur du manifeste raciste qui a conduit durant 10 heures pour traverser le Texas et abattre froidement 20 personnes (dont 6 Mexicains). Sinon qu’il a choisi El Paso, une ville à la frontière du Mexique déjà citée en exemple par Trump pour justifier que son administration renforce la frontière. En février dernier, lors de son discours sur l’état de l’Union, le président se vantait qu’El Paso, jadis haut lieu du crime, soit devenu l’une des villes les plus sécuritaires du pays. « Le mur fonctionne tout simplement ; les murs sauvent des vies ! », a lancé Trump.

Décidément, le cancer ronge la nation américaine de l’intérieur. Et ne comptez pas sur son président pour le traiter.