Les étudiants étrangers titulaires d’un diplôme québécois et qui parlent français sont des candidats idéaux à l’immigration, mais les convaincre de rester a toujours été un défi.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Heureusement, le Québec s’est doté d’un programme très populaire qui en attire des milliers chaque année. Malheureusement, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, vient de leur fermer cette porte au nez. Une décision absurde et contre-productive qu’il ferait mieux de corriger avant qu’il ne soit trop tard.

Une ingénieure mécanique spécialisée en aéronautique, un architecte, un analyste en gestion de la chaîne logistique… Ces trois cas d’intégration réussie que le ministère de l’Immigration cite en exemple sur sa page « Je reste au Québec » sont tous passés par le Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Ils ont ainsi obtenu le certificat de sélection nécessaire à leur demande de résidence permanente en un temps record. Plus de 5000 diplômés ont bénéficié de ce programme l’an dernier, un sommet depuis sa création en 2010.

Pourquoi le ministre de l’Immigration a-t-il bloqué cette voie rapide si efficace la semaine dernière ? C’est à n’y rien comprendre.

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« Le ministre Jolin-Barrette devrait être cohérent avec lui-même et rétablir l’accès aux diplômés », écrit Ariane Krol.

Officiellement, il s’agit d’une suspension temporaire jusqu’au 1er novembre, mais le ministre ne s’est aucunement engagé à rouvrir l’accès après cette date. Les diplômés intéressés se retrouvent donc plongés dans le brouillard, sans visibilité sur la suite des choses. Un bien mauvais signal à leur envoyer – en particulier aux candidats les plus recherchés, qui peuvent se trouver un emploi dans le reste du Canada ou ailleurs dans le monde.

Combien d’immigrants économiques de qualité allons-nous perdre avec cette suspension ? Québec n’a pas fourni d’estimation, mais le programme se fait couper les ailes en plein essor. En effet, plus de 3200 certificats de sélection ont déjà été délivrés à des diplômés cette année. À ce rythme, ils auraient été, à la fin de 2019, 25 % plus nombreux que l’an dernier à bénéficier du programme.

Le Ministère suggère aux diplômés internationaux qui veulent rester ici de demander un permis de travail postdiplôme (PTPD) au fédéral. C’est vrai, mais contrairement au programme québécois, ce permis n’est pas une passerelle vers la résidence permanente. Et les diplômés ont seulement six mois pour en faire la demande, contre 36 au PEQ. Pour les candidats qui souhaitent s’installer ici pour de bon, c’est nettement moins attrayant. Pour le Québec qui a besoin d’immigrants comme eux, c’est aussi pas mal moins avantageux.

Si l’accès aux diplômés a été suspendu, c’est pour favoriser l’autre volet du PEQ, celui destiné aux travailleurs étrangers temporaires. Vu la pénurie de main-d’œuvre, on veut « donner la priorité aux travailleurs qui occupent déjà un emploi au Québec », a expliqué la porte-parole du ministre Jolin-Barrette.

Ce raisonnement est boiteux des deux côtés. D’une part, les demandeurs du volet « travailleurs » n’occupent pas forcément un emploi ; il leur suffit d’en avoir eu un durant 12 mois au cours des deux années précédentes. D’autre part, le volet « diplômés » est lui aussi réservé aux candidats qui ont l’intention d’occuper un emploi. Ceux qui décideraient d’entreprendre d’autres études verraient en effet leur certificat de sélection annulé.

Bref, qu’ils soient diplômés ou travailleurs, les candidats doivent contribuer à réduire la pénurie de main-d’œuvre.

Le gouvernement Legault, ne l’oublions pas, a promis de ne pas accepter plus de 40 000 immigrants en 2019 – une baisse de plus de 20 % par rapport à l’an dernier. « Il est important de ne pas faire un mauvais amalgame entre la sélection et les seuils d’admission de 40 000 », se défend-on au bureau du ministre. Mais si cette contrainte que les caquistes se sont imposée ne leur enlève aucune marge de manœuvre, pourquoi faut-il tasser les diplômés pour avoir assez de place pour les travailleurs ? Encore là, ça défie l’entendement.

Oui, le PEQ est généreux. Les candidats et leurs conjoints ne sont pas soumis à un système de points. Lorsque les conditions sont remplies (diplôme québécois admissible et français oral de niveau intermédiaire avancé) et que les demandes sont complètes, les dossiers sont traités en une vingtaine de jours ouvrables.

Sauf qu’il est aussi très avantageux pour le Québec. « Le Programme de l’expérience québécoise constitue le programme privilégié pour faciliter le passage d’un statut temporaire à un statut permanent pour les personnes connaissant le français », atteste le Ministère dans son Cahier de consultation publié le mois dernier.

Même le ministre Jolin-Barrette a souligné les avantages du PEQ et reconnu qu’il y avait « des bonnes choses qui [se] sont faites aussi » sous les libéraux.

Il devrait être cohérent avec lui-même et rétablir l’accès aux diplômés, qui représentent normalement près de la moitié des candidats acceptés par le programme.