L’équipe du Lab-école, dirigée par Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée, a récemment rendu public un premier rapport et a fait connaître ses recommandations après un an et demi de recherches et de consultations. Il y a là de quoi confondre les sceptiques et les détracteurs : leur travail est inspirant !

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ils avaient dit vouloir réinventer l’école. C’est exactement ce qu’ils sont en train de faire.

Le rapport, qui fait près de 250 pages, est un véritable mode d’emploi pour faire entrer l’école québécoise dans le XXIe siècle.

Ils ont cherché à la fois à créer un milieu de vie stimulant pour les enfants, les enseignants et les autres acteurs du milieu de l’éducation, mais aussi, plus largement, à revaloriser les écoles. L’objectif est qu’elles deviennent « le cœur de nos villes et de nos villages », a expliqué Ricardo lors de la publication du rapport.

PHOTO TIRÉE DU RAPPORT PENSER L’ÉCOLE DE DEMAIN

L’accessibilité à une alimentation locale et de qualité qui encourage l’adoption de saines habitudes de vie.

À voir leurs recommandations et les maquettes conçues pour les mettre en images, il est clair que si ces changements sont implantés, l’impact sera majeur sur la qualité de vie des enfants et de leurs mentors.

De la transformation des classes — entre autres pour encourager la collaboration — à la construction de gradins et d’une cuisine en passant par des gymnases et des espaces communs élargis et revalorisés (y compris les zones des vestiaires), tout a été repensé. C’est franchement stimulant.

En entrevue, Pierre Thibault explique d’ailleurs qu’on leur a dit, lors des assemblées publiques du Lab-école : « Vous nous avez redonné le droit de rêver. » Ce n’est pas étonnant. Cela étant dit, il précise que « le plus dur » reste à faire.

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Des espaces polyvalents et flexibles à toutes les échelles

Il faut désormais tenter de transformer ce rêve en réalité.

Le réaménagement ou la construction de sept établissements scolaires selon les principes du Lab-école serait pour bientôt et six d’entre eux pourraient être prêts en 2021. Un concours d’architecture a été lancé ; ça peut sembler tout ce qu’il y a de plus normal, mais c’est une première en 50 ans pour des écoles au Québec ! Des directeurs ont déjà été sélectionnés pour ces écoles, deux ans avant leur ouverture. Ça non plus, généralement, ça ne se fait pas, même si leur contribution dès l’étape de la conception est très certainement bénéfique.

Tout ça est plus que symbolique. Le Lab-école bouscule les traditions établies et dépoussière les codes, les programmes et les règlements qui font l’affaire des bureaucrates, mais mettent souvent des bâtons dans les roues de ceux qui tentent de moderniser nos écoles.

D’où l’intérêt d’avoir accepté la proposition du trio Thibault-Lavoie-Larrivée (tous trois travaillent de façon bénévole sur ce projet, rappelons-le). Leur vision est complémentaire à celle des acteurs du milieu, avec qui ils ont eu la sagesse de travailler main dans la main pour mener à bien la première étape de cet ambitieux projet.

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Des espaces polyvalents et flexibles à toutes les échelles

Mission accomplie ? Pas si vite ! Commençons par voir si Québec accepte de débourser les sommes requises pour financer la transformation des sept premières écoles.

Elles coûteront plus cher (environ 25 % de plus que la moyenne), a annoncé l’équipe du Lab-école, notamment parce qu’elles seront plus grandes (de 25 à 30 % de plus en mètres carrés), puisque plusieurs nouveaux espaces seront créés. On aurait tout avantage à le voir comme un investissement dans l’avenir de nos enfants plutôt que comme une irritante dépense.

Si le gouvernement provincial décidait de freiner cette initiative alors qu’on est si près du but, ce serait affligeant. On n’aura probablement jamais plus la chance de tester ces idées audacieuses dans leur ensemble. Les trois compères le répètent encore : c’est un « laboratoire ». Chaque école sera un prototype par la suite évalué par ceux qui vont y vivre et dont on pourra s’inspirer pour les autres établissements qu’on va éventuellement rénover et construire partout dans la province. Les enjeux sont considérables.

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Des zones de vestiaires fonctionnelles

La bonne nouvelle, c’est que les astres semblent alignés. D’abord, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est autant un homme de vision que d’action et il fait preuve d’un réel dynamisme depuis son entrée en poste. Il ne serait d’ailleurs pas fermé à l’idée de bonifier les sommes prévues pour ces nouvelles écoles, dit-on.

L’éducation est par ailleurs, on le sait, une priorité du gouvernement de François Legault.

Le premier ministre l’a non seulement affirmé, mais il a en plus spécifiquement dit être « convaincu que la beauté contribue à la réussite ». C’est encourageant.

Sans compter que des investissements majeurs sont en cours pour rénover les écoles existantes et en construire de nouvelles. Les conditions gagnantes sont donc réunies pour que le Québec se dote à l’avenir des écoles « les plus belles du monde », comme on le répète depuis le début du projet.

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Des espaces d’apprentissage innovants, intérieurs et extérieurs, qui privilégient le mouvement.

Viendra-t-on d’ailleurs, dans une décennie ou deux, pour étudier les succès du Québec en matière de construction d’écoles et l’impact que ces choix ont eu sur la réussite des élèves ? Ce n’est pas impossible. Mais pour ça, il faut donner à l’équipe du Lab-école les moyens de ses ambitions et surtout, surtout, ne pas mettre son inspirant rapport sur une tablette.