La rougeole est de retour. Encore ? Eh oui ! Après quelques malheureux épisodes au Québec, c'est Vancouver qui en a fait la cuisante expérience : cette maladie extrêmement contagieuse se répand facilement dans une population non immunisée. Mettre au point un vaccin efficace et l'offrir gratuitement ne suffit plus. Désormais, il faut aussi convaincre les parents de l'adopter - un défi qui va nécessiter une bonne dose d'inventivité.

À Vancouver, la rougeole s'est déclarée dans trois écoles après qu'un enfant non vacciné l'ayant attrapé en voyage au Viêtnam l'a transmise à ses deux frères. Des éclosions ont aussi été recensées aux États-Unis depuis le début de l'année. L'une d'elles s'est produite dans des communautés juives orthodoxes de New York, après qu'un enfant non immunisé a contracté la maladie en Israël. Une soixantaine de cas, concernant des enfants non vaccinés pour la plupart, ont aussi été diagnostiqués dans l'État de Washington.

L'histoire se répète. Au Canada comme aux États-Unis, la rougeole est considérée comme éliminée depuis une vingtaine d'années. Les éclosions démarrent donc généralement avec une souche ramenée de l'étranger et se répandent grâce à des véhicules accueillants, c'est-à-dire des personnes nées après 1970 qui n'ont pas reçu le vaccin combiné contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO).

On l'a vu au Québec avec la dernière éclosion, en 2015 dans Lanaudière. Le patient initial avait attrapé la rougeole en Californie. Et la quasi-totalité des cas (146 sur 159) ont été recensés dans une communauté religieuse opposée à la vaccination, dont la plupart des membres n'étaient effectivement pas immunisés.

Il n'y a pas eu de mort, mais 8 % des malades ont dû être hospitalisés et certains ont souffert de complications (pneumonie, bronchite, otite moyenne). Sans oublier la toux et les éruptions cutanées généralisées que toutes les personnes infectées ont dû endurer, ainsi que les conjonctivites et pharyngites subies par plus des trois quarts d'entre elles.

C'est d'autant plus choquant qu'avec l'efficacité du vaccin, la quasi-totalité de ces maux aurait facilement pu être évitée à la fois aux patients et au système de santé. En effet, au moins 95 % des individus ayant reçu les deux doses de RRO recommandées sont considérés comme protégés de la contagion.

Ces éclosions évitables sont d'autant plus préoccupantes que la rougeole peut avoir des conséquences encore plus graves, dont l'encéphalite, la cécité et même la mort. Ces complications sont rares, mais pour les groupes plus à risque (bébés de moins d'un an, personnes dont le système immunitaire est affaibli), c'est une réelle inquiétude.

La seule protection sur laquelle ils peuvent compter, c'est celle que la population se donne en optant très largement pour l'immunisation. Mais comment y parvenir alors que tant de parents hésitent à faire vacciner leurs enfants ?

Rendre la vaccination obligatoire pour les écoliers du primaire et les élèves du secondaire, comme l'a fait l'Ontario, est une idée qui peut paraître séduisante, mais dont on voit rapidement les limites, puisqu'il existe des exemptions pour motif de conscience ou de croyance religieuse. Cette vaccination « obligatoire » n'aurait donc pas permis d'éviter l'éclosion de 2015 dans Lanaudière. La vaccination obligatoire a même des effets pervers, car elle contribue à alimenter le discours anti-vaccin.

Certes, la majorité des parents réticents à faire immuniser leurs enfants en bas âge ne sont pas des idéologues militants. Mais en cliquant « j'aime » sur le matériel douteux qui abonde sur le web, et en le faisant circuler sur les réseaux sociaux, ils augmentent la visibilité et l'impact de ces faussetés.

Ce phénomène surnommé « hésitation face à la vaccination » suscite de vives inquiétudes. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'a même jugé assez sérieux pour l'inclure dans sa courte liste des 10 menaces à la santé mondiale en 2019, en compagnie de fléaux comme le VIH, la dengue, la pollution de l'air et les changements climatiques.

Comment contrer cette infection ? De plus en plus de gens se le demandent.

L'Agence de la santé publique du Canada prépare une campagne pour contrer la désinformation sur les réseaux sociaux, et certaines plateformes commencent à prendre leurs responsabilités.

Pinterest, par exemple, refuse les recherches avec les dérivés du terme « vaccin ». Et YouTube empêche les vidéos anti-vaccination de diffuser de la publicité, privant leurs auteurs d'une source de revenus.

La meilleure défense demeure toutefois le sens critique - le vrai, celui qui ne se satisfait pas de n'importe quel doute ou remise en question, et aborde les discours racoleurs avec le plus grand scepticisme. Mais ce réflexe, comment l'inoculer au plus grand nombre ? Peut-être faudrait-il rendre cela obligatoire dès le primaire...