Il est grand temps d'en finir avec les tarifs américains sur l'aluminium et l'acier, ont reconnu des ténors de l'administration Trump au cours des derniers jours. C'est encourageant, mais loin d'être suffisant. Avant de ratifier le nouvel accord Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), le gouvernement Trudeau doit absolument exiger que deux conditions soient remplies : que les États-Unis le ratifient eux-mêmes, et qu'ils éliminent leurs tarifs abusifs.

« Ces tarifs sont un sérieux obstacle à ce que nous allions de l'avant », a prévenu le ministre Marc Garneau dimanche matin à Washington. Le ministre fédéral des Transports, qui participait à un panel organisé par l'association nationale des gouverneurs américains, a demandé à ceux-ci de faire le message au président des États-Unis.

Ces jours-ci, ce sont plutôt les tarifs contre la Chine qui intéressent Donald Trump, mais la mise en garde n'est heureusement pas tombée dans l'oreille d'un sourd. « J'ai entendu le message, nous travaillons fort là-dessus », a assuré l'un des principaux conseillers économiques du président, Larry Kudlow, qui participait au même panel que le ministre Garneau.

Cette sortie fait suite à celle du secrétaire américain à l'Agriculture, qui a reconnu que les États-Unis ont tout intérêt à régler la question des tarifs dans la foulée de l'ACEUM. « Nous travaillons en ce sens », a déclaré Sonny Perdue lors d'un forum jeudi dernier.

On a tendance à l'oublier, mais l'ACEUM, ce traité censé remplacer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), n'est toujours pas en vigueur. Le Canada, les États-Unis et le Mexique l'ont signé le 30 novembre dernier, mais chacun doit ensuite le faire ratifier chez lui. Et le gouvernement Trudeau n'a aucun intérêt à se précipiter.

Tout le monde a poussé un soupir de soulagement à la conclusion de cet accord qui venait mettre un terme à l'incertitude de la renégociation, mais il n'en impose pas moins des reculs majeurs au Canada.

L'ALENA, toujours en vigueur, est de loin préférable. D'autant qu'un avantage attendu de l'ACEUM manque toujours à l'appel : l'élimination des tarifs sur l'aluminium et l'acier.

Adoptés sous prétexte de sécurité nationale (un argument aussi fallacieux qu'insultant pour le Canada) et utilisés comme moyen de pression dans la négociation de l'ALENA, ces tarifs sont plus injustifiés que jamais.

Le Canada et le Mexique ne sont d'ailleurs pas les seuls à le dire. De plus en plus d'entreprises, d'élus et de travailleurs américains se plaignent de l'effet combiné de ces tarifs et des mesures de représailles imposées par le Canada et le Mexique. La pression est telle que ce n'est qu'une question de semaines avant que les États-Unis n'abandonnent leurs tarifs, a prédit l'ambassadeur du Canada à Washington, David McNaughton, la semaine dernière.

Peut-être, mais on le croira quand on le verra.

Le Canada a d'autant moins de raisons de se presser que la ratification américaine n'est même pas assurée.

La Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates, a en effet de sérieuses réserves sur des aspects de l'accord touchant aux normes du travail, à l'environnement et à la durée de l'exclusivité accordée aux coûteux médicaments biologiques.

Le gouvernement Trudeau s'est évidemment gardé de donner un ultimatum aux États-Unis, mais son échéancier parle pour lui. Le projet de loi visant la ratification de l'ACEUM par le Canada ne pourra pas être déposé avant la mi-mars. Il devra ensuite être étudié en comité, adopté aux Communes puis soumis au Sénat - tout cela avant la fin de la session, en juin. Et il serait tout à fait plausible que le Parlement ne siège pas avant les élections de l'automne prochain...

Bref, le compteur tourne. Si le président Trump veut que cet accord dont il s'est tant vanté devienne réalité, il sait ce qu'il lui reste à faire.