La situation était déjà dramatique, elle l’est encore plus depuis la rupture d’une digue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Le nombre de personnes évacuées en raison des inondations au Québec vient de franchir le cap de 9500. Il y a, globalement, tout près de 6500 résidences inondées. L’état d’urgence persiste dans de nombreuses municipalités.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La crise est aussi sérieuse qu’elle est préoccupante. En revanche, il faut le reconnaître, elle a été jusqu’ici gérée avec efficacité.

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a tenu à faire l’éloge hier de tous ceux qui prêtent main-forte. Des « équipes municipales » aux policiers et aux pompiers, en passant par les militaires et les bénévoles, sans compter les employés de son propre ministère, qui « travaillent 24/7 ».

Car à Québec aussi, on pousse dans la bonne direction. Les sinistrés et leur sort sont au cœur des préoccupations de nos élus, et ça paraît.

Non seulement Geneviève Guilbault elle-même a réagi au quart de tour depuis le début des inondations, mais le premier ministre François Legault a pour sa part fait preuve d’un leadership qui lui a permis à la fois de rassurer (et il le fait bien) et de montrer qu’il est prêt à prendre des décisions difficiles pour éviter que de tels drames se reproduisent.

« On sent que le gouvernement est en contrôle », a même reconnu publiquement, hier, le député péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault. Tout en exhortant Québec à mettre dorénavant l’accent sur « le soutien psychosocial », il a tenu à souligner que le gouvernement avait agi avec diligence. De tels commentaires sont d’autant plus crédibles lorsqu’ils sont issus des rangs de l’opposition.

Cela étant dit, la gestion de la crise ne fait que commencer. Et jusqu’à un certain point, on peut penser qu’un test encore plus crucial s’en vient. Montrera-t-on autant d’ardeur et de volonté politique quand l’état d’urgence sera levé, que d’autres enjeux prendront le pas sur le sort des sinistrés et l’avenir des zones inondables, et que les journalistes vont forcément braquer leurs projecteurs ailleurs ?

À Québec, est-ce qu’on gardera tout de même le cap ? Est-ce que gérer les risques associés aux inondations demeurera une priorité ? Est-ce que les citoyens éprouvés auront le droit à autant d’égards ?

Déjà, le premier ministre a promis que l’indemnisation des sinistrés va se faire beaucoup plus rapidement qu’en 2017. Québec veut cette fois « être capable de rembourser sur la base d’estimés plutôt que d’attendre que les travaux soient faits et que les factures soient produites », a répété hier François Legault, de passage en Mauricie.

Il faut le saluer, mais avec une mise en garde réaliste : c’est facile de le promettre, ce sera plus difficile de veiller à ce que ça se traduise dans la réalité. Québec devra se donner les moyens de tenir parole à ce sujet et redoubler d’efforts pour y parvenir.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

« La crise est aussi sérieuse qu’elle est préoccupante », écrit notre éditorialiste.

Par ailleurs, on le sait, l’indemnisation et la prévention vont forcément de pair. Le nouveau programme d’aide financière, on l’a dit, vise à faciliter la relocalisation d’un plus grand nombre de sinistrés qui habitent actuellement dans les zones les plus à risque. C’est un bon départ.

Mais de toute évidence, au-delà des nécessaires investissements pour remettre à l’état résidences, municipalités et infrastructures qui les protègent (la question de l’état de la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac soulève, depuis hier, la controverse), il y a aussi une profonde réflexion qui s’impose, étroitement liée à la cartographie des zones inondables et aux conclusions qu’on devra en tirer.

Sans compter qu’il faudra faire preuve de courage politique pour les mettre en œuvre, ces conclusions. En matière de gestion de crise, cette ultime étape sera assurément la plus importante.