En matière de construction en zones inondables, le déni a souvent pris le pas sur la lucidité au fil des ans, tant chez les politiciens que chez les promoteurs immobiliers. C’est pourquoi il faut saluer les récentes déclarations de François Legault, qui ne semble pas avoir l’intention de se mettre la tête dans le sable.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

« Il faut être lucides. Si c’est nécessaire de forcer des gens à se déplacer, il faudra le faire », a dit le premier ministre. Car « on ne veut pas qu’à répétition, les contribuables paient pour les dégâts qui surviennent régulièrement », a-t-il ajouté.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Legault et le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Il faut espérer qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin et qu’il osera faire preuve de lucidité jusqu’au bout. Ce ne sera pas un luxe. De voir des citoyens revivre un deuxième drame en l’espace de trois ans le démontre cruellement.

Bien sûr, à court terme, l’objectif est de faire respecter les consignes de sécurité, planifier les évacuations et continuer de déployer des efforts soutenus pour protéger les maisons menacées par les eaux.

Mais il n’est malgré tout pas trop tôt pour penser à l’après. Il faudra rapidement trouver des solutions efficaces pour atténuer la portée de telles crues au cours des prochaines années. Et des prochaines décennies ! 

Car les changements climatiques risquent fort de contribuer à ce que l’histoire se répète si les mesures les plus adaptées ne sont pas mises de l’avant.

La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent, dit-on.

Il y a fort à faire. On n’a même pas fini d’identifier les zones où les risques d’inondations sont les plus grands au Québec. Les autorités municipales à travers la province sont en train, avec l’aide du gouvernement provincial, de cartographier ces zones. Les inondations actuelles nous rappellent que ce travail doit se poursuivre avec diligence, sans oublier d’y intégrer l’impact prévu des changements climatiques.

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« On n’a même pas fini d’identifier les zones où les risques d’inondations sont les plus grands au Québec », écrit notre éditorialiste.

On aurait tout avantage à investir rapidement les sommes nécessaires pour mener à terme ce travail de moine et à solliciter l’apport des chercheurs du Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ), qui a été créé à la fin de l’année dernière et qui dispose de l’expertise nécessaire.

Parallèlement, la discussion lancée par le premier ministre au sujet de l’aménagement des territoires touchés par les inondations doit se poursuivre.

Le nouveau programme d’indemnisation de la CAQ vise visiblement à inciter les sinistrés, plus qu’auparavant, à déménager. On explique à Québec qu’il limite à 50 % de la valeur d’une résidence (ou jusqu’à 100 000 $) l’aide accordée aux victimes pour réparer les dégâts, peu importe le nombre d’inondations qu’ils subiront. Par contre, on leur offre jusqu’à 250 000 $ pour leur résidence et leur terrain si elles acceptent d’être relocalisées.

Hier, le premier ministre est allé plus loin en affirmant qu’il réfléchissait à « ajouter un autre programme qui permettrait à plusieurs personnes d’un quartier de déménager dans un autre quartier ». Une hypothèse à explorer, très certainement.

Tout comme celle évoquée, lors de la même conférence de presse, par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Ce dernier a rappelé que certains quartiers, plutôt que d’être vidés, peuvent aussi être « immunisés ». C’est-à-dire qu’il peut être avantageux d’investir pour améliorer leur résilience, vraisemblablement si la probabilité qu’ils soient inondés à répétition est plus faible.

Le dossier est aussi complexe qu’il est sensible. En discuter avec lucidité est probablement la seule façon de s’entendre sur les solutions les plus efficaces et de gérer les risques d’inondations de la meilleure façon possible, car visiblement, le Québec a encore beaucoup de chemin à faire pour y parvenir.