Quatre sujets qui auraient mérité de retenir davantage l'attention des médias, estiment nos éditorialistes.

L'érosion des îles de la Madeleine

S'il reste encore des climatosceptiques au pays, ça vaudrait peut-être la peine qu'on se cotise pour leur payer un billet d'avion aux îles de la Madeleine. Suffit d'y faire un tour en hiver pour voir l'effet du réchauffement : la glace disparaît souvent du littoral, au point de laisser les côtes complètement nues et vulnérables. Une tempête peut ainsi arracher d'énormes portions de berges. Des vagues peuvent repartir avec des dunes de plusieurs mètres de haut, comme c'est arrivé fin novembre. Quand on sait que les deux tiers des 240 kilomètres de côtes de l'archipel sont faits de dunes de sable, on peut se poser la question : les Madelinots deviendront-ils des réfugiés climatiques un jour?

- François Cardinal

Les conditions de vie des Premières Nations

Quand on parlait des Premières Nations cette année, c'était surtout pour ressasser les controverses qui déchirent les allochtones. On a amplement débattu de l'appropriation culturelle et du nom des équipes sportives. Ce sont en effet des enjeux qui touchent et intéressent les citadins. Ceux qui veulent se donner bonne conscience ont dénoncé la pièce Kanata de Robert Lepage ou le nom des Redmen de l'Université McGill. Leurs critiques n'étaient pas infondées - nous les avons même en partie reprises. Il est tentant de s'investir dans les batailles symboliques, car elles attirent l'attention et elles permettent des victoires médiatiques concrètes. Reste que si on veut défendre les Premières Nations, il faudrait aussi s'intéresser un peu plus à ce qui les intéresse elles-mêmes... Or, l'appropriation culturelle et les équipes sportives ne figurent pas au sommet de leurs revendications. Elles s'inquiètent davantage des inégalités économiques, des soins de santé et des retards en diplomation ou de l'accès à la justice. Certes, les problèmes varient énormément d'une nation à l'autre, sans oublier les cas distincts des Métis et des Inuits. Mais dans l'ensemble, les inégalités entre allochtones et autochtones restent choquantes. Et ce, même si elles n'ont pas de conséquences concrètes dans Outremont ou le Plateau-Mont-Royal...

- Paul Journet

Le manque de soins à domicile

Un centre de santé de l'île de Montréal a décidé de rogner dans les soins à domicile fournis sur son territoire pour boucler son budget, a révélé notre collègue Tommy Chouinard au début du mois. La réaction ne s'est pas fait attendre. La ministre de la Santé a rapidement annulé ces coupes et donné la directive de répondre aux besoins dans l'ensemble du réseau, en promettant d'éponger la facture. Bravo, mais gardons l'oeil ouvert.

Même s'il vaut mieux, comme l'a rappelé la ministre, que les patients reçoivent des soins à la maison qu'ils aillent en établissement, les services à domicile ont toujours été les parents pauvres du système. Résultat, beaucoup de Québécois reçoivent des soins faméliques, mais restent quand même chez eux parce qu'ils redoutent d'aboutir en CHSLD. Le système économise ainsi sur les deux tableaux, et néglige ces patients de façon honteuse. On calcule le temps passé sur civière aux urgences et la longueur des listes d'attente en chirurgie, mais qu'en est-il des heures de soins à domicile requises, mais non fournies? Il va falloir continuer à en parler, car comme chacun sait, ce qu'on ne mesure pas ne compte pas.

- Ariane Krol

L'effondrement de la biodiversité

Bien sûr qu'on en parle. Nous avons tous, un jour ou l'autre, lu, vu ou entendu quelque chose à ce sujet. Nous sommes tous conscients que la biodiversité est en crise. Vous avez peut-être même, en octobre, appris que le Fonds mondial pour la nature (WWF) avait publié son plus récent rapport intitulé Planète vivante. Celui qui nous a offert des chiffres mis à jour sur les populations de vertébrés sauvages, soulignant à quel point leur déclin s'accélère : une chute estimée à 60% entre 1970 et 2014 (on s'est basé sur le suivi de 4000 espèces et de 16 700 populations). Le mot diminution n'est pas assez fort, c'est un effondrement auquel on assiste. Et les gestes pour y remédier, ici comme ailleurs, ne sont pas assez nombreux. «Nous ne sommes pas encore parvenus, scientifiques et environnementalistes, à faire passer ces questions-là du cerveau aux tripes», a déploré récemment le président du Conseil scientifique de l'Agence française pour la biodiversité, Gilles Boeuf. Il faut peut-être, alors, en parler davantage. Des universitaires québécois ont d'ailleurs démontré cette année, en analysant la couverture d'une douzaine de quotidiens, qu'on parle nettement moins de la crise de la biodiversité que des changements climatiques. Il faut vraisemblablement, aussi, trouver des moyens d'en parler différemment. Le défi est de taille. Et il est urgent.

- Alexandre Sirois