Quatre sujets qui auraient mérité de retenir davantage l'attention des médias, estiment nos éditorialistes.

Le climat 

Oui, le sujet n'a pas été ignoré en 2017. Il y a bien sûr eu plusieurs reportages sur les manifestations des perturbations climatiques. De toute façon, on n'avait pas le choix ; juste en Amérique du Nord, nous avons eu un avant-goût de l'avenir avec l'ouragan à Puerto Rico, les feux de forêt en Californie et les inondations printanières au Québec. Reste que par rapport à son importance, le réchauffement lui-même a été relativement peu couvert. Le sujet concerne tout de même l'avenir des sept milliards d'humains, ainsi que celui de leur descendance. Cela passe assez facilement le test de l'intérêt public... Chaque année, les prédictions des climatologues deviennent à la fois plus précises et pessimistes. Cet automne, pas moins de 15 000 scientifiques ont sonné l'alarme. La température augmente et la biodiversité diminue. « Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse », s'inquiétaient-ils. Mais comme la grenouille dans une marmite qui chauffe, on s'habitue. Les sommets climatiques font bâiller, et on se résigne à voir nos gouvernements rater des cibles pourtant déjà insuffisantes de réduction des gaz à effet de serre. Soit dit en passant, l'histoire risque de mal finir pour les grenouilles : le tiers des espèces sont menacées d'extinction.

- Paul Journet

Le retour des pitbulls 

L'administration Coderre a planché sur la question pendant des mois. Le gouvernement du Québec aussi. Les tribunaux ont dû se prononcer. Puis au bout de ce long processus, l'an dernier, le conseil municipal de Montréal adoptait le règlement sur le contrôle des chiens de type pitbull par 37 votes contre 23. Et voilà qu'en quelques semaines à peine, l'administration Plante décide de détricoter la chose en suspendant ledit règlement. Voilà qu'il est à nouveau permis d'acheter un pitbull. Voilà qu'on balance l'obligation du permis spécial et aussi de la muselière. Sous prétexte que de cibler une seule race de chien « donne un faux sentiment de sécurité ». Vous avez dit rassembleur et progressiste ? Il est fort surprenant qu'on recule collectivement sur un sujet qui a fait tant de bruit à l'époque... sans grande réaction. Comme si on s'était résigné au fait que Projet Montréal réponde ainsi aux groupes militants qui ont contribué à sa victoire. Y avait-il vraiment urgence de suspendre le règlement ? N'aurait-il pas été plus prudent d'attendre la réforme du règlement animalier avant de tout défaire ? Le débat n'a malheureusement pas eu lieu. 

- François Cardinal

Un attentat ignoble

Historique. Le mot est juste lorsqu'on l'utilise pour qualifier l'attentat commis dans une mosquée en Égypte fin novembre. Ce fut l'attentat le plus meurtrier de l'histoire moderne de ce pays. Plus de 300 musulmans soufis (le courant mystique de l'islam) ont été tués par des djihadistes dans cette mosquée du Sinaï, péninsule qui sépare l'Égypte d'Israël et de la bande de Gaza. Ces fanatiques ont mené un tel carnage que même le groupe État islamique a refusé de le revendiquer officiellement. Les tueurs brandissaient pourtant le drapeau de cette organisation terroriste. On peut tirer de cet attentat ignoble plusieurs leçons importantes.

D'abord, que le groupe État islamique, même s'il est en déroute en Syrie, demeure une menace importante. Ensuite, que la répression orchestrée par le régime égyptien d'Abdel Fattah al-Sissi pour lutter contre le terrorisme est déficiente. Peut-être parce que le président consacre trop d'efforts à faire la guerre, de façon inadmissible, aux opposants politiques légitimes. Enfin, ce massacre perpétré contre des musulmans, à peine plus d'un mois après un carnage en Somalie (plus de 500 morts), est un rappel à l'ordre pour ceux qui prétendent faussement que les djihadistes sont en guerre uniquement contre l'Occident. Les premières victimes du terrorisme, ce sont les musulmans. 

- Alexandre Sirois

Le rôle des médicaments dans la crise des opioïdes 

Le nombre de surdoses mortelles d'opioïdes continue d'augmenter et devrait dépasser 4000 cette année au pays, estime l'Agence de la santé publique du Canada. Combien de victimes ont été entraînées dans cette spirale par des médicaments d'origine légale ? La question se pose de plus en plus, en particulier chez nos voisins du Sud, où des dizaines d'États, de comtés et de villes ont entamé des poursuites contre des fabricants et distributeurs du secteur pharmaceutique. Ils leur reprochent leurs stratégies de mise en marché dans l'espoir de récupérer une partie de leurs coûts de santé, un peu comme ils l'ont fait avec l'industrie du tabac. Le département de la Justice a par ailleurs infligé une amende de 150 millions de dollars au distributeur McKesson pour la faiblesse de son système de détection des commandes suspectes, qui a permis à des pharmaciens véreux d'acheter de grandes quantités d'opioïdes afin de les revendre sur le marché noir. Le secteur pharmaceutique, sans surprise, se défend avec vigueur, disant refuser de servir de bouc émissaire. Si la démonstration de responsabilités directes sera effectivement difficile à faire, des questions vont certainement continuer à se poser sur le rôle des opioïdes d'origine pharmaceutique, ne serait-ce que dans la façon de les prescrire.

- Ariane Krol