Au lieu de simplement rembourser la dette, doit-on emprunter de l'argent et le faire fructifier en Bourse dans le but de rembourser un magot plus important à terme? C'est le pari du gouvernement Charest avec le Fonds des générations.

À ses cinq premières années, le Fonds est un échec financier. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec promettent d'ailleurs de l'abolir. D'accord, mais à condition d'en préserver l'esprit: utiliser nos ressources naturelles pour rembourser une partie de la dette chaque année.

Depuis 2006, le Fonds des générations force par loi le gouvernement à mettre de côté certains revenus (ex: des redevances hydrauliques, la future hausse du bloc patrimonial d'électricité) et de les faire fructifier par la Caisse de dépôt et placement du Québec dans le but de payer une partie de la dette en 2025-2026. C'est un peu comme choisir d'investir en Bourse au lieu de rembourser son hypothèque, croyant ainsi faire un rendement boursier supérieur au taux de son hypothèque.

Cette stratégie n'est pas sans fondement (plusieurs Québécois l'utilisent dans leurs finances personnelles), mais elle comporte un élément de risque que la quasi-totalité des gouvernements du monde n'ont pas voulu prendre. Le document explicatif du Fonds donne même l'exemple d'Ottawa... qui rembourse sa dette directement en cas de surplus imprévus!

Sur cinq ans, le Fonds a eu en moyenne un taux de rendement de 2,16% par année, alors qu'il a coûté 4,4% au gouvernement pour faire de nouveaux emprunts. Cette performance décevante s'explique en grande partie par son rendement désastreux (-22,4%) en 2008-2009, l'année de Wall Street et du papier commercial. Depuis trois ans, le taux du Fonds a surperformé le coût d'emprunt du gouvernement de 6,7% et de 7,9% avant d'être égal (0%) l'an dernier.

Peut-être que la stratégie du Fonds des générations serait payante à long terme. Mais à en croire les sondages, on ne le saura probablement jamais, car tant le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont promis de l'abolir. Le premier ministre Charest aurait moins donné l'impression d'en faire l'un de ses plus importants legs politiques que son idée aurait eu davantage de chances de survivre à un changement de gouvernement.

Peu importe sa couleur politique, le gouvernement doit préserver l'esprit du Fonds des générations, soit d'utiliser les redevances sur les ressources naturelles et les futures hausses de tarifs d'électricité pour rembourser la dette.

En obligeant le gouvernement à s'occuper de la dette, le Fonds des générations a quelque chose de profondément infantilisant. Un gouvernement responsable devrait utiliser une partie de ses surplus pour rembourser sa dette quand son niveau d'endettement devient trop élevé. Mais le Québec ne l'a fait qu'une seule fois dans son histoire, pour 500 millions en 2001. La ministre des Finances qui a pris cette décision est assise aujourd'hui de l'autre côté des banquettes de l'Assemblée assemblée comme leader de l'opposition officielle...