C'est LE concert de l'année 2012 au Québec: Madonna devant 70 000 personnes sur les Plaines d'Abraham. Ce sera une première à plusieurs égards. La première fois que la Material Girl se produit sur les Plaines, mais aussi que les Plaines sont louées à un promoteur à but lucratif pour un concert de musique payant. Et surprise, le loyer est gratuit.

Habituellement, soit le concert est gratuit (Fête nationale, Fêtes du 400e), soit les locataires (Festival d'été, Fêtes du 400e, Fête nationale) sont des organismes sans but lucratif (c'est parfois les deux). Comme ceux-ci, le promoteur local du spectacle de Madonna à Québec, QuebeComm, une PME de Québec qui organise notamment le Grand Rire, paiera les frais encourus pour remettre le terrain en état (moins de 10 000$).

Selon la politique de la Commission des champs de bataille nationaux, l'organisme fédéral gérant les Plaines, il est «généralement interdit» d'y présenter un spectacle payant sauf s'il fait partie d'un événement «dont le caractère premier [n'est pas] commercial», le Festival d'été par exemple. Dans le cas de Madonna, la Commission a invoqué une exception prévue dans sa politique: l'importance des retombées économiques. Selon l'Office du tourisme de Québec, le spectacle de Madonna générera des dépenses de cinq millions de dollars par des touristes de l'extérieur de la région de Québec, incluant trois millions par des touristes de l'extérieur de la province.

La Commission a bien fait d'ouvrir les Plaines à la Material Girl et son promoteur privé, qui ont vendu leurs 70 000 billets en moins d'une heure. Mais le faire gratuitement? L'été dernier, le promoteur de Metallica a payé un loyer de 37 000$, incluant les frais de remise à neuf du terrain, pour un concert de 24 000 personnes à la Citadelle d'Halifax, un autre parc fédéral.

Pour un événement gratuit, aucun problème à louer les Plaines ou n'importe quel autre espace public gratuitement. Même chose pour un événement payant chapeauté par un organisme sans but lucratif. Dans le cas d'un spectacle payant organisé par un promoteur privé, le raisonnement se justifie plus difficilement.La solution ne serait-elle pas d'imposer un loyer à un promoteur privé seulement en cas de profits?

Les gouvernements sont prêts à beaucoup pour attirer les grandes vedettes et leurs retombées économiques et fiscales. L'été dernier, le gouvernement du Québec a déboursé 450 000$ pour aider evenko à construire un stade temporaire à ciel ouvert pour accueillir U2 à l'Hippodrome de Montréal (la différence pour le construire à Montréal plutôt qu'à Boston). Le gouvernement est propriétaire de l'Hippodrome, mais on ne sait pas si evenko lui a payé un loyer.

Madonna créera-t-elle un précédent sur les Plaines ou sera-t-elle l'exception qui confirme la règle? Les administrateurs des Plaines ont intérêt à clarifier leurs intentions. S'ils optent pour le statu quo plutôt qu'un loyer en cas de profits, quel seuil de retombées économiques justifiera la gratuité? L'exemple inspirera-t-il d'autres lieux publics comme la place des Festivals à Montréal? Autant de questions soulevées par le passage de la Madone à Québec. «We are living in a material world», chantera-t-elle sur sa scène louée gratuitement. Bien dit.