Gagner à tout prix. C'est la loi du sport professionnel qui transcende toutes les autres. Mais au point d'offrir une prime pour blesser l'adversaire?

Les Saints de La Nouvelle-Orléans ont gagné le Super Bowl en 2010 avec cette attitude antisportive et dégradante qui n'a pas sa place dans le sport professionnel. De 2009 à 2011, le coordonnateur défensif Gregg Williams et une vingtaine de ses joueurs mettaient de l'argent de côté (il y a eu jusqu'à 50 000$ dans la cagnotte) pour récompenser ceux qui blessaient leurs adversaires. On donnait 1500$ pour mettre un joueur KO. La prime la plus importante jamais offerte? 10 000$ pour la tête du quart Brett Favre lors du match ayant permis aux Saints d'atteindre le Super Bowl (la manoeuvre a échoué, mais les Saints ont gagné le match).

Récompenser des coéquipiers est une pratique courante dans les vestiaires professionnels. Pour un jeu important ou une victoire, ça ne fait pas mal à personne. Mais pour blesser un adversaire? Franchement! Pas étonnant que la NFL, qui enquête chez les Saints depuis la plainte d'un adversaire en 2010, dise prendre le dossier très au sérieux. Le commissaire Roger Goodell étudie les sanctions à imposer à l'équipe, aux dirigeants qui ont toléré les primes aux blessures (le directeur général a ignoré une demande expresse du propriétaire d'y mettre fin), ainsi qu'au coordonnateur défensif Gregg Williams et aux joueurs ayant contribué à la caisse.

Avant chaque saison, la NFL rappelle aux équipes que les primes aux blessures sont interdites, mais ces avertissements ne semblent pas pris au sérieux sur le terrain. «Pourquoi en fait-on tout un plat maintenant? demande Shawne Merriman, un joueur vedette des Bills de Buffalo. Les primes existent depuis toujours.» Une réponse franche, mais un piètre argumentaire. À une autre époque, le dopage n'était pas interdit et une commotion cérébrale était une blessure comme les autres, mais les temps ont changé.

Pour bien se faire comprendre sur le terrain et enrayer les primes aux blessures, la NFL doit punir les Saints de façon sévère, voire draconienne. Les athlètes professionnels vivent sur une autre planète à plusieurs égards, mais ils agissent comme le commun de mortels: en tenant compte des conséquences de leurs actes. Si un joueur de hockey recevait automatiquement un an de suspension pour un coup à la tête, il n'y aurait plus de coups à la tête dans la LNH.

Le débat sur les primes aux blessures en cache un autre, bien plus délicat pour la NFL: la place de la violence dans le sport. Des quatre ligues sportives majeures en Amérique du Nord, la NFL est celle qui essaie le plus de comprendre et d'enrayer le fléau des commotions cérébrales. Malgré son désir sincère de protéger ses joueurs, la NFL se heurtera toujours à un obstacle fondamental: la nature violente de son sport, où l'agressivité fait souvent la différence entre la victoire et la défaite. Cette excuse ne tient pas au hockey, où les coups à la tête et les bagarres peuvent être éliminés sans altérer la nature même du sport.

Au football, «vous jouez directement avec la qualité et la longévité de votre vie», résume l'ancien joueur de ligne Kris Jenkins au New York Times. Inutile d'aggraver la situation avec des primes stupides visant à blesser un adversaire.