L'Ontario se prépare-t-elle à des coupes encore plus douloureuses que celles de Mike Harris?

Le gouvernement de l'Ontario a dévoilé mercredi dernier un important rapport sur la réforme de ses services publics. La conclusion du comité présidé par l'économiste Don Drummond? Comme l'économie ontarienne battra de l'aile au cours des prochaines années, la province devra ralentir ses dépenses si elle veut atteindre l'équilibre budgétaire comme prévu en 2017-2018. (Encore pire pour les Ontariens: M. Drummond a peur que leur dette devienne aussi lourde que celle du Québec d'ici six ans. Actuellement, la dette nette du Québec représente 48% son PIB, contre 36% pour l'Ontario.)

Pour préserver l'état des finances publiques ontariennes, Don Drummond conclut que les dépenses gouvernementales par citoyen actuel devront diminuer de 2,5% par année jusqu'en 2016-2017 (-16% en sept ans). C'est du jamais vu en Ontario. Même durant les années Harris, les dépenses n'ont diminué que de 3,9% globalement (mais -22% dans les programmes sociaux). «Le gouvernement doit agir rapidement, avant que les défis d'aujourd'hui ne deviennent la crise de demain», dit Don Drummond, un ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances du Canada qui a été aux premières loges des coupes de Paul Martin dans les années 90.

Sans surprise, le rapport de Don Drummond a été ignoré au Québec. Et pourtant, sans être des soeurs siamoises, les deux provinces ont plusieurs similitudes au plan économique. Oui, l'Ontario a été touchée plus durement par la dernière récession et ne peut pas autant compter sur la péréquation. Mais si le scénario apocalyptique de croissance économique de Don Drummond se concrétise en Ontario, la situation ne sera pas tellement plus rose au Québec.

En santé - le sujet le plus abordé dans ses 362 recommandations, car il représente 40% des dépenses de programmes -, le diagnostic de Don Drummond n'est pas rassurant: le système a été bâti pour offrir des soins de courte durée alors que les patients auront davantage besoin de soins de longue durée. Il faut donc soigner plus de gens à l'extérieur des hôpitaux. S'il était parmi les pays les plus efficaces au monde, le Canada pourrait réduire ses coûts de santé de 30%. Pour casser ce système qui opère en silos, l'ancien économiste en chef de la Banque TD veut arrêter de financer les hôpitaux selon leurs dépenses (ça n'encourage pas à mieux gérer son budget) et donner davantage de pouvoirs aux agences régionales de santé. Au Québec, la Coalition avenir Québec veut plutôt les abolir.

En éducation, Don Drummond suggère notamment de cesser la duplication des programmes entre les universités et de ne plus lier le financement universitaire uniquement au nombre d'étudiants. En fiscalité, de laisser les taxes municipales et scolaires suivre au moins le cours de l'inflation et de lier les incitatifs fiscaux octroyés aux entreprises à leur productivité plutôt qu'à la création d'emplois. Voilà plusieurs solutions sensées. Quelqu'un prend-il au moins des notes à Québec?