Deux visions s'affrontent à Ottawa dans le dossier des prestations fédérales aux aînés. Le gouvernement Harper, qui appréhende une crise, veut réformer le régime avant qu'il ne soit trop tard. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, croit que le régime actuel est viable. Qui a raison? Pour l'instant, seul Kevin Page défend son point de vue avec une analyse économique exhaustive.

Comme la population canadienne vieillit, le coût de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti triplera d'ici 2030, passant de 36 à 108 milliards de dollars par année. Le directeur parlementaire du budget, un organisme indépendant du Parlement qui analyse les finances du pays, remet toutefois cette hausse de coûts dans leur contexte. Avec le temps, les revenus gouvernementaux vont aussi augmenter. Selon Kevin Page, la hausse des coûts des prestations fédérales aux aînés doit se calculer à travers le temps en proportion de la taille de l'économie canadienne (le PIB). Si elles étaient indexées au coût de la vie, elles passeraient de 2,2% du PIB actuellement à un sommet de 3,0% en 2031 pour redescendre à 1,8% en 2081.

Les prestations aux aînés grugeraient une part plus importante des dépenses de programmes du fédéral (de 15% actuellement à un sommet de 21% en 2030), mais le vieillissement de la population rendrait d'autres programmes moins coûteux. Au final, le régime actuel plongerait le gouvernement en déficit jusqu'en 2045 (en incluant les paiements d'intérêts sur la dette). Trente ans de déficits! La cause est-elle déjà entendue en faveur d'une réforme? Pas nécessairement, l'analyse de ce dossier étant plus complexe.

Primo, le déficit fédéral serait «semi-structurel», car il se résorberait par lui-même. Secundo, les déficits resteraient relativement faibles: 0,8% du PIB au pire de la crise, par rapport à 1,7% cette année. Tertio, le poids de la dette fédérale par rapport à l'économie du pays continuerait de diminuer, car les dépenses de programmes resteraient inférieures aux revenus. Sans compter que le Canada a déjà la dette la moins imposante du G7.

Évidemment, les hypothèses de Kevin Page ne sont pas des certitudes. Les budgets d'Ottawa peuvent changer selon l'orientation politique des gouvernements. Celui de Stephen Harper a plusieurs arguments à faire valoir en faveur d'une réforme des prestations aux aînés, comme les risques de déficits successifs et la justice intergénérationnelle (deux fois moins de travailleurs financeront deux fois plus de retraités en 2030).

Le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty qualifie les derniers travaux de Kevin Page de «pas croyables, pas fiables, pas crédibles». À lui plutôt de s'acquitter du fardeau de la preuve dans son prochain budget. Pour l'instant, Kevin Page démontre qu'il est possible de conserver le régime actuel si on ne baisse pas les impôts au cours des prochaines décennies. C'est peut-être ce dernier détail qui dérange le gouvernement Harper.