Pauvre Samuel de Champlain! Après avoir été boudé par l'hebdomadaire Paris Match, qui lui a préféré Maisonneuve, voilà qu'il se fait faire de l'ombre par un beaucoup plus jeune que lui l'ancien maire Jean-Paul L'Allier.

Ces Fêtes du 400e de Québec sont en effet l'occasion de rendre hommage à la vision de cet homme qui a su transformer une ville-musée en ville vivante. Ce n'était pas une mince tâche.

Aujourd'hui, Québec est non seulement une ville historique agréable à visiter, c'est aussi une ville design agréable à vivre.

Et c'est à l'ancien maire de Québec, qui a régné de 1989 à 2005, que les résidants de Québec le doivent. En près de 16 ans, l'ancien ministre des Communications a su imposer une vision très précise de ce que devait être la Capitale, une vision principalement axée et motivée par la culture. Son objectif: attirer les créateurs et faire en sorte qu'ils restent à Québec. Ce qu'il a réussi entre autres avec la Caserne, de Robert Lepage, et le Palais Montcalm.

On dit que parmi les influences de Jean-Paul L'Allier, il y a l'urbaniste Ken Greenberg, qui a travaillé sur des projets comme le Harbourfront Centre, à Toronto, les berges de l'East River, dans le Lower Manhattan, ainsi que sur les Quais de Boston. Le point commun de tous ces projets: rendre l'eau accessible au plus grand nombre.

C'est cette vision très démocratique de l'urbanisme qu'a importée Jean-Paul L'Allier à Québec. Le quartier St-Roch en est le plus brillant exemple: ce quartier mal-aimé devenu au fil des ans un refuge pour sans-abri a été métamorphosé en quartier lumineux avec ses larges trottoirs et son intégration harmonieuse de constructions modernes et de bâtiments patrimoniaux. Un véritable succès.

Oui, on peut se ruiner dans certains restaurants et boutiques du nouveau St-Roch, mais il est faux de dire que ce quartier est réservé à l'élite.

Plusieurs sceptiques ont pourtant traité Jean-Paul L'Allier de fou lorsqu'il a suggéré de démolir le toit du mail St-Roch. Aujourd'hui, on applaudit son audace.

C'est justement l'audace qui distingue les politiciens visionnaires des politiciens-gérants: lorsqu'ils ont un bon projet, ils le défendent bec et ongle jusqu'au bout.

Vu de Montréal, les succès de Québec sont non seulement enviables, ils semblent à portée de main. Il serait toutefois naïf d'imaginer qu'on puisse rendre les berges de la métropole accessibles aussi facilement qu'on a transformé la promenade Champlain. À Québec, il n'y avait qu'un boulevard à déplacer. À Montréal, c'est un port qu'il faudrait relocaliser. En fait, il est presqu'impossible de comparer les deux villes.

D'un côté, Québec, petite ville homogène où le maire, du moins à l'époque de Jean-Paul L'Allier, avait les coudées franches. De l'autre Montréal, métropole multiculturelle à la dynamique complexe, où le maire est loin d'être le seul maître de son domaine. Les réalités sont donc fort différentes.

Reste que pour Montréal, il y a une grande leçon à tirer du Québec de Jean-Paul L'Allier: une Ville a beaucoup plus de chances de s'épanouir lorsqu'elle est dirigée par quelqu'un qui sait où il va. Comme disait l'ancien maire, «Avoir une vision ce n'est pas de la prétention».