Chaque été c'est la même chose. Il faut un accident malheureux pour se rappeler que la cohabitation auto-vélo ne va pas de soi. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, du moins pas toujours. Il y a aussi la distraction, l'impression que la route nous appartient, une certaine désinvolture ainsi qu'une absence de respect des règles de base du Code de la sécurité routière.

Or si Montréal veut se positionner comme une ville de vélo, il faut plus que des kilomètres de pistes cyclables et des supports à vélos disséminés dans l'île. Il faut avant tout que les cyclistes s'y sentent en sécurité.

Aux yeux d'encore trop d'automobilistes, les vélos sont un mal nécessaire qu'ils «tolèrent». Ils ne «partagent» pas la chaussée, ils en «cèdent» une petite parcelle, parce qu'il le faut bien.

D'autre part, aux yeux d'encore trop de cyclistes, les automobilistes sont tous des fous dangereux qui méprisent les «granos à vélo». C'est encore trop souvent la guerre ouverte entre les deux clans qui ont tous les deux du chemin à faire pour se comprendre.

Commençons par les cyclistes. Ils n'ont pas le choix : ils doivent être hyper-prudents, plus prudents encore que les automobilistes. Leur vulnérabilité les y oblige. Or on compte beaucoup de fous du volant chez les cyclistes. Il faut circuler sur une des pistes bondées du Plateau pour comprendre à quel point les imprudents ne sont pas tous derrière un volant. Est-ce le sentiment d'être vertueux parce qu'on circule à deux roues qui nous donne tous les droits sur la route?

Cette attitude doit changer. Si les voitures sont interdites sur les trottoirs et doivent absolument arrêter aux arrêts à l'intersection, les vélos aussi. De la même façon, les vélos qui roulent à une vitesse excessive en faisant fi de la sécurité d'autrui (cyclistes, automobilistes ou piétons) devraient être punis. Le Code de la sécurité routière doit s'appliquer à tout le monde.

De leur côté, les automobilistes doivent cesser de croire qu'ils accordent une faveur aux cyclistes en partageant la route avec eux. Il faut s'en rappeler lorsqu'on fait un virage, lorsqu'on freine brusquement et surtout, lorsqu'on ouvre sa portière. C'est un réflexe qu'il faut absolument développer et la SAAQ serait bien avisée de lancer une campagne de sensibilisation à ce sujet : pourquoi pas des autocollants bien en vue sur le tableau de bord?

De son côté, le gouvernement fédéral devrait étudier la possibilité d'obliger les constructeurs de voiture à installer un avertissement dans les véhicules : un message enregistré lorsqu'on coupe le moteur pourrait sans aucun doute sauver des vies. On a bien développé une technologie pour nous rappeler de ne pas oublier d'éteindre les phares ou de retirer les clés, alors pourquoi pas un petit signal ou une voix pour nous rappeler qu'il faut regarder avant d'ouvrir sa portière?

Au cours des prochaines années, le vélo risque de prendre encore plus de place dans la vie de la ville. Il faut donc développer des réflexes qui s'imposent. Le vélo n'est pas une mode, c'est un moyen de transport aussi légitime que la voiture. Dans un monde idéal, les cyclistes se déplaceraient tous sur des voies aussi belles et confortables que la piste de Maisonneuve ou celle de l'avenue du Parc. Mais voilà, la Ville a beau couvrir les artères principales de pistes cyclables, il restera toujours des rues où voitures et cyclistes devront cohabiter. Et la cohabitation commande le respect mutuel.