Des médecins du CHUM déplorent les délais alarmants dans les analyses de biopsies, en raison d'une pénurie de techniciens et de secrétaires. Les patients attendent ainsi trop longtemps avant d'obtenir un diagnostic, estiment les pathologistes, qui disent travailler dans des conditions de travail «dangereuses». Vivez-vous cette situation dans votre milieu? Si oui, essaie-t-on d'y remédier? Est-ce un problème répandu dans le réseau hospitalier?

Mis à jour le 24 mars 2011
CYBERPRESSE

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Hélène Boyer

Médecin au Groupe de médecine familiale St-Louis-du-Parc, à Montréal.

LE BAL DES «FEUILLES VOLANTES»

Ce week-end, je suis le médecin de garde en «sans rendez-vous». Un patient se présente en expliquant à l'infirmier du triage qu'il a reçu un appel de son médecin traitant qui lui recommande de se présenter aujourd'hui pour faire le suivi d'un résultat de laboratoire anormal. Sans grande surprise, le résultat n'est pas au dossier. Le commis des archives doit donc le retrouver à travers les piles de résultats non classés. Victoire! Cette fois-ci, après 40 minutes de recherche, il met la main sur le résultat, mais il n'est pas rare que nous soyons dans l'obligation de contacter l'hôpital pour nous le retransmettre. Il m'arrive même de retourner le patient à la maison et de le recontacter aussitôt que nous avons retrouvé le résultat. Le délai, dénoncé par les pathologistes du CHUM, ne s'arrête pas là! Une fois les biopsies ou les résultats lus, transcrits et envoyés au médecin traitant, celui-ci ou un médecin de garde en prend connaissance le jour même. Alors débute le bal des «feuilles volantes». Ce terme désigne un résultat vu par le médecin et non classé dans le dossier du patient (par manque de personnel aux archives). Des semaines et même des mois peuvent s'écouler avant que les résultats soient consignés aux dossiers. Les feuilles volantes représentent un délai supplémentaire à la continuité des soins. Le danger que les résultats soient égarés ou mal classés est toujours présent. À plusieurs reprises, cette situation a été dénoncée par les médecins auprès de la direction générale. À quand le dossier médical électronique?

Charles Dussault

Président de la Fédération des médecins résidents du Québec.

POUR DES DÉLAIS MÉDICALEMENT REQUIS

La population du Québec vient d'être saisie d'un problème de délai d'attente au sein du service de pathologie du CHUM. Ces délais, causés par un manque de personnel technique et clérical au dire du président de l'Association des pathologistes du Québec, le Dr Gaboury, aurait des répercussions sur la fiabilité des résultats, conduisant à un diagnostic par les médecins pathologistes. Le but poursuivi par le président de l'Association: réduire ces délais d'attente. Sa solution: l'embauche de techniciens et de personnel de soutien additionnels. Mais est-ce que cela sera suffisant? Dans un premier temps, il est connu que la pathologie est en manque de pathologistes, notamment dans les milieux universitaires québécois. Actuellement, il y a au Québec 211 pathologistes et nous sommes à la recherche de 43 nouveaux pathologistes - soit 20% des effectifs déjà en place - dont 25 uniquement pour les milieux universitaires. Dans un deuxième temps, il faudra baser l'analyse des spécimens sur les délais d'attente médicalement requis et acceptables, pour assurer la plus grande fiabilité possible des résultats. Ces délais, établis en fonction de l'urgence de la situation, constitueraient selon nous une mesure de rendement et permettraient aux autorités d'évaluer précisément une situation et de corriger le problème avec les bons outils.

Alain Vadeboncoeur

Médecin et urgentologue, porte-parole de la Coalition CHU sans PPP.

UNE RÉALITÉ TRÈS COMPLEXE

Cette pénurie est reconnue, elle affecte la qualité des soins. Il faut former des pathologistes et leur donner des moyens de répondre aux besoins des patients. Mais bon, je ne connais pas le détail du dossier: je m'en suis fait une opinion au gré de rencontres, de lectures de journaux ou de ce que je sais des effectifs médicaux spécialisés. Notre idée du réseau de la santé repose d'ailleurs généralement sur de telles constructions mentales: un article, une conférence de presse, une position associative, une intervention du ministre; parfois des données; quelques recherches. Et à partir de ces fragments, nous croyons nous faire une idée «objective» des choses. Mais est-ce vraiment suffisant? Quand on y pense, nous bâtissons ces opinions sur les fragments d'une réalité d'une immense complexité, dont nous n'apercevons qu'ici et là des éléments épars découverts par hasard ou pire, qu'on porte volontairement à notre attention. Alors, cela ne peut résulter qu'en des opinions fragmentées, plus ou moins tordues ou même influencées par divers intérêts pas toujours clairement identifiables. Comment croire que nos opinions sont ainsi éclairées, scientifiques, validées, alors même que leurs sources sont partielles, biaisées, imparfaites? Et qu'elles ne pointent généralement que sur les problèmes du réseau, laissant habituellement dans l'ombre ses réussites, qui paraissent rarement aux premières pages des journaux. Et qui font que notre idée générale du système de santé est si négativement influencée.