L’éditorial d’Agnès Gruda publié le 18 septembre, « Infirmières : les voyants rouges », a suscité de nombreux commentaires en appui aux infirmières. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 21 sept. 2020

(Re)lisez l’éditorial « Infirmières : les voyants rouges »

Traitement arrogant et désinvolte

« Le personnel des établissements hospitaliers et d’enseignement qui travaille auprès des citoyens est traité comme une quantité négligeable, remplaçable et secondaire. La majorité [des travailleurs] sont des femmes, ce qui explique aussi cette arrogance et cette désinvolture avec lesquelles elles sont traitées. Elles ont été de toutes les coupes et de tous les modes de gestion qui arrangeaient les politiques de tous les partis au pouvoir. C’est triste de traiter ainsi des personnes si dévouées à leur profession. Maintenant, on recueille ce qu’on a semé : un abandon de ces professions perçues comme mal payées et, surtout, si peu reconnues. » — André Bond

Employées de deuxième ordre

« Vous résumez très bien la situation déplorable que vivent les infirmières. Depuis plus de 20 ans, les infirmières sont traitées par les gouvernements successifs comme des employées de deuxième ordre, même si elles tiennent à bout de bras les hôpitaux 24 heures sur 24, 365 jours par année. Si elles sortaient toutes dehors, il n’y aurait plus d’hôpitaux. J’en sais quelque chose pour l’avoir vécu, il y a 20 ans. On me forçait à faire des heures supplémentaires à 57 ans dans un lieu névralgique de psychiatrie active, rien de moins. J’ai dû quitter mon emploi prématurément pour ma propre protection et celle des patients. Vous avez donc bien lu, cela fait 20 que ça dure… Aussi, tout l’argent attribué aux médecins durant ces années n’a laissé que des miettes aux infirmières, ce qui n’a pas aidé au recrutement de ces dernières. Les infirmières ne sont pas payées selon leur importance dans le réseau, d’où la pénurie qui s’accentue dangereusement depuis 20 ans. C’est au gouvernement d’agir au plus vite lors des négociations syndicales s’il veut que la situation s’améliore dans les hôpitaux. Sans des augmentations salariales substantielles et des conditions de travail humaines pour les infirmières, rien ne changera dans nos établissements de santé. » — Francine Roy

Tomber au combat

« Pourquoi doit-on absolument envoyer des infirmières faire les tests de dépistage et ainsi priver le milieu hospitalier de leur précieuse expertise ? Le manque de personnel dans les établissements de santé les pousse à l’épuisement, et je les vois avec consternation tomber les unes après les autres au combat. Ne pourrait-on pas former certains de nos concitoyens sans emploi et en situation financière précaire pour effectuer ces tests ? Je crois qu’il ne serait pas difficile d’apprendre à bien échantillonner la gorge et le nez avec un écouvillon ! » — Sylvie Tétreault, médecin de famille

Essentielles 7 jours sur 7

« Je suis d’accord avec les revendications des infirmières, et il ne faudrait pas oublier qu’elles ne sont pas essentielles qu’en temps de pandémie. Elles le sont sept jours par semaine, 24 heures par jour, en tout temps. Il faut leur redonner la place qu’elles méritent. La reconnaissance permanente et le salaire sont essentiels pour la motivation au travail. Le nivellement pour l’ensemble des employés dans les milieux de soins aux malades est ennemi. Il faut que les autorités gouvernementales soient honnêtes et courageuses pour rétablir les priorités dans les milieux de la santé et reconnaître que les infirmières sont essentielles auprès des malades en tout temps, pas seulement en temps de pandémie. Cela passe par la formation, la reconnaissance et la rémunération. » — Denise Levert

Compétence ignorée

« Vous avez très bien résumé l’enjeu principal : la compétence infirmière ignorée depuis des décennies. Les listes de rappel sont devenues la norme depuis bien longtemps, et les infirmières sont perçues comme interchangeables par des administrateurs qui ne s’y connaissent pas, mais doivent boucher les trous. Imaginons que ce ne soit pas une profession de femmes… La donne serait tout autre. J’en suis convaincue ! » — Francine Royer

Nouvelle philosophie

« Mme Gruda met le doigt sur le bobo dans son éditorial. Les infirmières et autres spécialistes de la santé perdent un temps précieux à faire des tâches pouvant être confiées à des personnes ayant reçu une formation précise. Chaque infirmière pourrait superviser un groupe de personnes formées. Par exemple, la prise d’échantillons, est-ce que ça ne pourrait pas être fait par des employés temporaires ? Après tout, c’est une nouvelle procédure, et les infirmières qui le font ont sûrement reçu quelques heures de formation. Même chose pour le dépistage. En fait, c’est une nouvelle philosophie qui mériterait d’être employée dans beaucoup de situations. La pandémie fait ressortir les travers du réseau – les communications par fax étant le plus aberrant. On dirait que tout a été fait pour éviter l’efficacité opérationnelle, que la technologie est un ennemi à combattre. Je présume que les conventions collectives rigides en sont l’origine. Ne serait-ce pas le temps de faire un effort pour sauver des vies plutôt que de mettre toujours l’accent sur l’augmentation de l’effectif syndical et corporatif ? » — Jean Lavoie, Saint-Bruno

Expertise à bon escient

« Il faudrait que nos administrateurs utilisent l’expertise des infirmières à bon escient. Elles sont de loin trop qualifiées pour faire la banale technique d’un prélèvement nasal et oropharyngé. Faire l’apprentissage de ce geste ne prend qu’une minute. Disons qu’après une formation sur 10 adultes et 10 enfants, on est expert… On pourrait former, c’est un grand mot, 1000 bénéficiaires de la PCU en moins d’une semaine. En temps de guerre, et nous sommes en guerre, les gouvernements ont été capables de mobiliser le peuple à des tâches 100 fois plus difficiles qu’un grattage de nez. Face à cette deuxième vague, dont nous avons les pieds dans l’eau, il serait irresponsable de ne pas voir la pénurie annoncée. Le bon patient, au bon endroit, au bon moment… Idem pour les infirmières. » — Luc Lasalle, médecin